Quand les esprits s'en-mèlent...
Dr Bernard Auriol
 

(Conférence à la " Petite Agora de Psychanalyse ", Octobre 87)
 


La transmission de pensées (mais aussi d'autres "faits paranormaux": précognition, psychokinèse, etc...) et certains symptômes psychotiques (hallucinations, interprétation) peuvent être rapprochés du point de vue de l'observateur et le sont côté sujet. Le point de vue "rationaliste" conduit à les assimiler tous deux à la pathologie. Je tenterai de souligner ce qui renforce cette position comme aussi ce qui la rend fragile. Insistant sur cette fragilité pour nous interroger: que deviendra notre théorie et notre pratique si la parapsychologie fait sa place au soleil de la Science ? J'ai fait la supposition, au lire de la circulaire, que les phénomènes paranormaux seraient considérés ici comme ils le sont par Voltaire, Auguste Comte et l'Union Rationaliste... Tout phénomène "parapsychologique" serait, (à moins que s'expliquant en bonne physique), supercherie, hallucination individuelle ou collective, erreur et illusion dans tous les cas...


Il est des situations qui rendent impossible, du fait de l'éloignement, ou pour d'autres raisons, la communication chimique, électromagnétique, visuelle ou acoustique. La "parapsychologie" prétend qu'en de telles circonstances certains messages (émotions accompagnées d'images visuelles ou, plus rarement, sonores) seraient pourtant acheminés. Ceci pourrait avoir lieu, par exemple, lorsqu'un être cher souffre ou meurt.

1) A la suite de R. Chauvin, je poserai le préalable suivant, dont chacun pourra vérifier la pertinence sur la base des données bibliographiques que je tiens à votre disposition: des phénomènes parapsychologiques existent et peuvent être mis en évidence par des expériences simples comme celles de Freud avec sa fille Anna et Sandor Férenczi ou celles de P. Janet, C. Richet, E. Boirac, Myers, J.B. Rhine, Dr. Barry, R. Chauvin, etc....

2) Nous considérerons ces faits comme objets d'étude scientifique: situés dans le monde phénoménal et devant s'expliquer sur ce plan. C'est dire que, jusqu'à preuve d'insuffisance, nous ferons l'économie de tout appel au surnaturel qu'il soit démoniaque, angélique ou divin, laissant entre parenthèses la question posée par l'adhésion à telle ou telle religion ou métaphysique.

3) S'il s'agit de phénomènes naturels ils sont probablement très répandus, très généraux et même s'ils peuvent étonner dans certaines de leurs expressions ne doivent pas se ranger dans la catégorie théologique du "miracle". Remarquons que la foudre fut longtemps la seule expression connue de l'électricité: on avait tendance à l'attribuer à quelque intervention divine. Nous impliquons actuellement cette électricité dans toute particule.

4) Ces phénomènes, reconnus ou non comme spécifiques, seront donc présents dans la pratique quotidienne du psychanalyste... Il conviendra alors d'en repérer les modalités...

5) S'il y a émission ou réception d'information, le problème se posera du cheminement matériel de ces informations et ceci concerne le physicien... Il existe aussi un problème d'adressage par l'émetteur et de repérage ou sélection par le récepteur... Comment un organisme dirige-t-il l'information vers telle ou telle cible ? Comment le récepteur détecte-t-il le message qui l'intéresse dans l'infinie variété des émissions qui le baignent...

6) Les recherches des parapsychologues semblent exclure une influence importante de la distance spatio-temporelle entre les sujets de ce type de communication; cependant l'existence d'un message suppose une modification, fut-elle infime du Système Nerveux Central; cette modification, à son tour, n'exige-t-elle pas l'intervention d'une force ? Et nous savons que les forces dépendent de l'espace et du temps... Les physiciens sont alors appelés à la rescousse pour constater que les lois physiques ne connaissent pas de dissymétrie par rapport à la durée si ce n'est la variation d'entropie, laquelle peut devenir, on le sait, localement négative....

  1. Si message il y a, quel pourrait bien en être le récepteur ? Il s'agit d'un récepteur beaucoup moins précis semble-t-il que la vue ou l'odorat ! Peut-on le comparer au système de détection qui nous permet de réagir aux variations de champ magnétique ? Ou doit-on inférer une réception sans accès cortical comme il advient chez l'amputé du visuo-cortex ?
  2. Cette dernière hypothèse insiste sur les affirmations de Pierre Janet et de Myers quant à l'intérêt de la notion de subconscient. Ni conscient, ni inconscient au sens Freudo-lacanien, le subconscient désigne un phénomène psychique actuel, qui contribue à former l'ensemble de l'état d'esprit du sujet à un moment donné, mais qui, pris isolément, n'est pas l'objet d'une conscience claire, ou même échappe au moment o| l'attention se porte de son côté (comme un nom qu'on a 'sur le bout de la langue'). C'est ce dont la présence n'est pas complètement ignorée, bien qu'on ne puisse l'amener à volonté en pleine conscience (P. Janet, G. Dumas). Le terme Freudien le plus proche est celui de préconscient qui se rattache topiquement au conscient; il permet le passage vers la conscience et la motilité de certains contenus inconscients lorsqu'ils ont franchi la censure.

Les résultats de la recherche parapsychologique conduisent à admettre que les messages sont traités par le percipient à l'instar "des restes diurnes" pour la construction du rêve: ce n'est pas forcément l'essentiel qui est énoncé, ce peut très bien être tel détail d'apparence anodine et que l'émetteur ne cherchait pas à communiquer; les remarques de S. Freud et ma propre pratique de la cure classique aussi bien que du Rêve Eveillé m'ont convaincu que les éléments transmis sont généralement transformés de sorte qu'on n'y puisse reconnaître qu'un mécanisme, une émotion, une homologie, une accumulation de détails transposés.

* * *

S. Freud (1910, 1919, 1922, 1925, 1926, 1932) considérait ce problème comme d'un grand intérêt et a osé, malgré les risques politiques qu'il savait ainsi faire courir à la psychanalyse, s'en expliquer en différenciant les faits télépathiques, qui ont bien l'air de l'être mais que l'analyse peut démonter, de ceux qui passeraient pour inintéressants aux yeux du parapsychologue tout en recelant peut-être une véritable transmission de pensée mise en évidence par l'analyse.

Bien des délirants revendiquent par ailleurs avec force être le siège de tels phénomènes (télépathie, influence) sans que le témoin impartial puisse leur découvrir pourtant le moindre semblant d'objectivité.

Toutes les religions du monde, à côté de l'axe "rituel", visant à satisfaire les exigences divines et à éponger la culpabilité, comportent un axe "magique" avec actions psychokinétiques (telles que lévitation, production de chaleur voire de feu, guérisons miraculeuses, etc) et révélations venues de l'autre monde ou du futur (visions, apparitions, voix, prophéties, communication avec les défunts).

La pensée catholique décrit peut-être en son langage ces deux axes lorsqu'elle divise l'étude de la vie spirituelle en "théologie ascétique" et "théologie mystique" (Tanquerey).

Pour Pascale Catala, (...) les apparitions ne peuvent pas toujours se réduire à des hallucinations au sens psychiatrique habituel du terme. (...). Je pense que beaucoup d'apparitions religieuses sont "purement" hallucinatoires au départ, puis socialisées, intégrées dans un mythe, sans être paranormales. (...) 'il n'y a pas [probablement pas] de corrélation entre le caractère apparemment paranormal d'une apparition, et sa plus ou moins grande socialisation. Quelquefois ce qui semble très "miraculeux" n'a pas de conséquences importantes, alors que ce qui semble être une simple production de l'imagination peut avoir d'énormes répercussions sociales.

J. Lacan en développant le concept de Forclusion nous permet de comprendre comment un signifiant exclu peut se redorer le blason au corps défendant du protagoniste. Le retour du forclos se fait de l'extérieur. Ainsi les systèmes perceptifs sont-ils "manipulés" pour habiller de "réalisme exogène" les images intérieurement inassimilables.

L'existence de toutes sortes de degrés intermédiaires entre l'hallucination "pure" et "l'interprétation délirante" d'éléments objectifs utilisés comme indices permet d'envisager que la première soit une exagération de la seconde.

De même que cette dernière caricature la perception banale, celle de tous les jours, qui est dans tous les cas et quoiqu'on en veuille, déjà une interprétation, une façon "centrée" d'envisager l'environnement.

Je vous propose donc de distinguer dans les phénomènes prétendus paranormaux (qu'il s'agisse d'hallucination psychotique ou de perception "médiumnique" chez un sujet réputé sain) les différents aspects que voici: Le stimulus, la sensation, l'interprétation perceptive, l'attribution, o| non, à un mécanisme paranormal, la conviction et la déclaration (comparable au "récit" du rêve).

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Examinons les, un par un, avec quelques détails :

1) les éléments appartenant au monde sensible, saisissables par un quelconque témoin "neutre" (stimulus)

Ce témoin neutre pouvant parfois être l'halluciné lui-même qui découvre, en confrontant plusieurs expériences, que sa perception n'a pas de correspondant objectif. On parle dans ce cas d' Hallucinose et on recherche une origine purement neurologique au trouble: tumeur cérébrale par exemple.

L'énoncé de la divergence entre l'observation des témoins et celles du psychotique halluciné , a contrario, ne lui permet pas de critiquer ses perceptions étranges, sinon dans la phase intermédiaire entre la période critique et celle de rémission (sous l'effet de circonstances mieux supportables ou d'une chimiothérapie adaptée).

Cas troublant que celui de Pithya: "Ne monte jamais en avion ! quoiqu'il arrive ! promets le moi !..." avait-elle dit à son jeune frère. Dix ans plus tard, il est appelé sous les drapeaux, dans l'Armée de l'air. Il est rampant et peut se contenter de voir s'envoler les autres, lorsqu'un beau jour, on lui propose ainsi qu'à ses collègues, de profiter d'un baptême de l'air. Notre ami en est tout heureux lorsqu'il se rappelle l'injonction de sa soeur: "jamais en avion!". Absurde ! Malgré tout, il utilise finalement je ne sais quel prétexte pour refuser et se sauve ainsi de la catastrophe qui anéantira l'avion et tous ses occupants... Peut-on refuser l'existence d'un stimulus valide même si son caractère "prophétique" nous choque ?...

2) La gestion active des organes des sens et les gestes instructifs Je veux citer ici l'observation de Baïravi, jeune homme anxio-phobique. Il raconte: "Enfant je croyais avoir un envoyé de Dieu dans ma gorge qui me disait si ça devait marcher ou pas, barder ou non, avec mon père surtout... Or, ce que disait cette voix s'avérait souvent exact. Même maintenant, ça me le fait..." Pas de quoi s'extasier du point de vue parapsychologique ! Le message n'était pas toujours juste et bien souvent prévisible par un raisonnement simple, son auteur présumé plutôt vague (un ange)...

Des recherches récentes ont montré que les hallucinations auditives s'interrompaient pour autant que le malade acceptait d'ouvrir largement sa bouche. D'où l'on déduit que l'hallucination auditive passe par une parole subliminaire , une sorte de micro-mutacisme dont Baïravi était conscient et qu'il gérait partiellement, à la différence du psychotique halluciné qui s'en prétend la victime passive.

De même que dans l'amputation cortico-visuelle, la manifestation d'une perception peut être empêchée au niveau conscient et autorisée par l'usage d'un choix forcé ou d'un amplificateur de mouvement. L'exemple de gestion plus ou moins consciente d'une kinesthésie expressive est fournie par l'existence de la radiesthésie, des tables et verres tournants ou de l'écriture automatique (Myers, 1885; A. Binet, 19OO; P. Janet, 193O). (cf. aussi l'oreille chantante)

3) on distinguera aussi dans ce type de phénomènes les éléments relevant d'une interprétation par le sujet des données sensorielles déjà évoqués (interprétation perceptive).

Cette opération peut permettre d'approcher plus efficacement le monde objectif (par exemple reconstituer une phrase correcte malgré la déformation acoustique produite par le téléphone).

Elle est détournée de sa fonction pragmatique par la conscience du délirant qui utilise les percepts pour prouver sa thèse, renforcer sa conviction, tenter d'y inclure son interlocuteur.

Dans le cadre parapsychologique on a montré qu'elle peut intervenir selon les deux modalités précédentes: pour accroître la précision du message ou pour opérer un détournement. Par exemple le percipient décrit le contenant de l'objet dont l'agent cherche à lui communiquer l'image... C'est par rapport à cette étape perceptive qu'on peut rapprocher la perception télépathique de l'utilisation des restes diurnes pour construire le rêve.

4) l'idée que se fait le "percipient" du mécanisme producteur de sa perception: Dans tel délire de persécution, par exemple, nous apprendrons que notre interlocuteur entend la voix de son persécuteur l'insulter en le traitant de sodomite. Ceci pourra avoir lieu dans certaines circonstances acoustiques ou/et sociales et pas dans d'autres. Il ne sera pas forcément fait appel à un mécanisme télépathique: "si Untel m'a dit cela, c'est bien pour me signifier que je suis 'chevré' " ou bien "Ils ont disposé un appareil radio émetteur ultramoderne pour me faire parvenir leurs paroles".

Il existe pour l'organisme le BESOIN de manifester le signifiant forclos. Ce besoin implique la mise en jeu d'une perception, au besoin en truquant les données perceptives par utilisation de leurs fonctions de réglage (boucle de réglage du sensorium selon sa nature et les besoins de l'action). Le truquage le plus économique sera sélectionné. Il s'agira du vecteur de signifiants disponible: le son pour la plupart des patients, la vue ou le sens kinesthésique pour le sourd-muet, etc...

Bien souvent le délirant attribue à un mécanisme télépathique certains des phénomènes qu'il vit: lecture de la pensée, insultes entendues, visions. Il ne fait généralement pas de cette explication une certitude directe. C'est pour comprendre ce qui lui arrive qu'il invoque des appareils ou des mécanismes. Il voit, il entend et cherche à expliquer pourquoi, tant il est vrai que ces perceptions sont différenciables des autres éléments de l'environnement.

L'objet halluciné , quelle que soit la voie choisie, est toujours survalorisé dans la conscience, que le sujet en parle volontiers et abondamment ou qu'il soit réticent. Dans ce dernier cas, il apparaît en négatif (mesures d'évitement, barrages, allusions plus ou moins complices, etc...).

Ceci distingue nettement l'expérience télépathique délirante des phénomènes recensés dans leurs laboratoires par les parapsychologues . Ils ont montré que la validité de l'information n'était pas strictement liée à la conviction de validité et que tous les individus testés étaient conscients du caractère probabiliste de leurs intuitions. La conviction de communiquer peut même faire totalement défaut alors que le statisticien assure qu'il se passe quelque chose.

On a même décrit un phénomène extrêmement curieux et maintenant bien classique: certains participants font du "Psi-missing" ou contre-télépathie.

C'est à dire qu'ils fournissent des réponses s'éloignant très fortement de ce que permettrait le hasard mais dans le sens de l'échec, comme s'ils jouaient à "Qui perd, Gagne": autrement dit, tout se passe comme s'ils évitaient systématiquement de trouver la bonne réponse.

Je ne peux résister. Je vous citerai une histoire que j'ai personnellement vécue... J'explorais avec quelques amis le phénomène de spiritisme dont l'instrument est un verre sur une table lisse o| l'on a étalé en cercle les lettres de l'alphabet écrites sur de petits papiers. Chacun se dispose autour et pose l'index sur le verre renversé puis on attend que l'esprit du verre se manifeste par quelques déplacements qui aient un air de spontanéité. On peut également utiliser une pièce de monnaie, une petite boite montée sur bille ou... un guéridon à trois pieds.

Nous nous concentrions avec application, y compris mon ami, éminent praticien appelé dans différents pays pour développer son enseignement médical... Il était passablement sceptique, réticent, puis l'ambiance le pousse et il y va de sa question. Elle se rapportait à deux statuettes en bronze représentant nos ancêtres et dont il aurait dû hériter. Mais, mystérieusement, elles avaient disparu. Volées ? Perdues ? Il se lance et demande "O| sont les Gaulois ?". Le verre se met en route, sûr de lui, mouvements directs, rapides, sans hésitation "Les Gaulois sont....". Arrêt. Notre ami est haletant, suspendu à la révélation qu'il ne croyait pas possible et qui pourtant est en train de s'écrire, sous ses yeux, sous sa main... La chute - que vous attendiez - fut dure: le verre reprit sa course au delà du suspense pour dire comme tout le monde "sont dans la plaine".

Ainsi la conviction d'être en présence du paranormal peut être détruit ou renforcé, y compris chez des êtres bien adaptés, par quelques circonstances au bord de la mesquinerie. Cette adhésion semble varier de manière très largement indépendante de l'existence ou de la non existence d'un phénomène de transmission de pensée. A une nuance prés, qui est assez mince: ceux qui y croient réussissent légèrement mieux que ceux qui doutent.

6) le dire du sujet quant aux points 2, 3 et 4 (déclaration) avec tous les remaniements possibles liés à un éventuel changement d'état de conscience, à la prise en compte de l'interlocuteur, des circonstances, etc...

Le fait que soit invoquée la télépathie doit pouvoir se rattacher, d'une part à la difficulté propre à un sujet donné de produire des truquages sensoriels "classiques", d'autre part, peut-être à la signification propre aux modes biologiques habituels de production de ce mode de communication, qu'il ait ou non un fondement objectivable: entre la mère et son bébé, entre deux amants, etc...

Les parapsychologues ont, jusqu'ici, échoué à en faire un sixième sens à part entière: on n'a pas trouvé de stimulus spatio-temporel, pas d'organe émetteur connu, ni d'organe récepteur particulier. Les "utilisateurs populaires" qui prétendent pouvoir se servir, plus ou moins systématiquement de ce "sixième sens", utilisent généralement une modification de l'état de conscience (qu'on peut sans doute ranger parmi les états de "transe") pour obtenir quelque information d'origine subliminaire (pendule divinatoire, bâtonnets du Y King), et un stimulus sensoriel ambigu (généralement visuel) tel que boule de cristal, marc de café, etc... Le moyen utilisé comporte bien souvent la conjonction de ce double appel au non-conscient: tarots, coquillages, etc...

Tout se passe comme s'il s'agissait d'un amplificateur de forclos, machine en vue de favoriser l'activité "interprétative" au sens de ce que l'on voit s'exhiber chez le psychotique.. Mais raison garder.

Si nous en admettons la possibilité c'est sur la base d'un profil bas de la frontière entre les états mentaux. A savoir : chez la plupart des êtres humains se retrouveraient les différents mécanismes qui sont à l'origine des grandes structures pathologiques. Il n'est alors pas question de savoir si tel individu présente telle structure, mais seulement dans quel domaine, selon quel point de vue et dans quelle mesure il la met en oeuvre... Le déni, la forclusion sont présents chez tous, selon des modalités spécifiques généralement atroces comme il appert lorsque les masses s'unissent et s'affolent (la Terreur, le Nazisme, les Khmers rouges, le Temple du Peuple de Jim Jones, etc..). Réciproquement le fou est capable de somatisations fonctionnelles ou/et lésionnelles, de lapsus, d'actes manqués, de rêves et de parole consistante. Il arrive au psycho-somatique de fantasmer, de s'hystériser ou de délirer... En fait, la folie et la transe sont accessibles à tous. Il y suffit d'utiliser la technique appropriée. Quelques degrés de fièvre, quelques molécules de L.S.D., une privation adéquate de sommeil ou de boisson, la suppression de tout contact social et de toute stimulation externe, l'adresse d'un hypnotiseur, le gigantesque rassemblement des fidèles (Fatima) et d'autres procédés encore permettent au soleil de tourner, aux cordes de se transformer en serpent, aux arbres de marcher, aux couleurs de chanter, aux monstres d'apparaître...

Que tout un chacun puisse servir de monture aux esprits, soit. Mais pourquoi et comment ces esprits, vestiges de dénis privés ou publics, (privés et publics !) devraient ils favoriser le transport d'informations quasi sensorielles (plutôt qu'extra-sensorielles) ? S'agirait-il pour le voyant, non de faire émerger le domaine du forclos, mais d'accéder à une fonction tenue en échec par les autres canaux de la connaissance ? Comme s'il existait une compétition entre l'attitude centrée sur la réalité externe actuelle ou passée olfacto-visuo-tactilo-audio-motrice et une autre attitude, plus globale qui, sans exclure les sensations classiques leur ferait la part moins belle et donnerait passage à une appréhension du futur et de l'éloigné selon des mécanismes à élucider, non par nous seulement, mais par la communauté scientifique dans son ensemble, notamment les physiciens.

On a parfois comparé le cabinet de l'analyste à la case du sorcier. Nuance pourtant ! ---> Au moins quantitative: le sorcier parle et agit, l'analyste se tait et s'abstient. L'analogie garde du bon. A savoir l'état de conscience, l'état deS conscienceS.

Les travaux des hypnotiseurs modernes (Milton Erickson) montrent que la transe ne constitue pas un état par tout ou rien, qu'elle peut être provoquée et utilisée selon des modalités partielles (qu'on voit systématisées dans la thérapie appelée "Programmation Neuro Linguistique" ou PNL), que tout le monde y est accessible si on utilise les procédures convenables... Tout se passe comme si notre conscience était un système fort complexe, avec des niveaux différents coexistant simultanément.

La télépathie dans la cure

L'analyste et surtout le patient, à la faveur du dispositif analytique, renforcent notablement les niveaux référables à la transe: immobilité en posture sédative (assis / allongé), monotonie du cadre visuel et sonore, attention flottante ou association libre, rituel.... Par ailleurs le transfert génère un intérêt émotionnel réciproque qui devrait, comme chez la cartomancienne, favoriser la "voyance" du praticien à l'égard de son analysant, mais aussi du client par rapport à son analyste.

Je prétends l'avoir - et je crois que c'est aussi votre cas malgré vos éventuelles rationalisations adverses - bien souvent observé dans ma pratique.

Le matériel clinique dont je dispose abondamment en ce domaine, attentif que je suis à la recueillir, sera plutôt utile pour traquer le quand, le comment, le pourquoi de ces "transmissions monstrueuses" qui ne peuvent se réduire systématiquement à la communication d'inconscient à inconscient si on entend limiter cette dernière au melting pot de l'ensemble des dits et des non-dits antérieurs de la cure, y compris du type expression non-verbale. Je ne vous citerai aujourd'hui que deux ou trois faits, réservant la masse des autres à un travail plus élaboré et systématique.

Voie initiatique de Jésus-Christ au Chauffe-bain

Où l'on discerne qu'il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages:

Andromaque est en thérapie depuis trois ans; voici un fragment de rêve qu'elle a eu pendant les vacances: "On se retrouve, vous et moi, dans une chambre avec un lit et plein de cuves style 'cumulus' . Je ne sais pas si on fait l'amour ou pas. Vous dites "enfin !" et moi "ça y est, je l'ai fait mon transfert !". Puis il y a votre femme qui téléphone à côté, dans la même pièce, mais on ne se voit pas à cause des cuves.(.....) Dans le même rêve: devoir d'anglais à faire, toujours à la campagne. Il y a plein de gens allongés sur l'herbe . J'essaie de copier sur Hector... Problème aussi de Maths qui se résout 'par un manque de testostérone d'où castration ?'.

Histoire d'angles alterne-internes .

En fait ce sont des maths modernes que je n'arrive pas à résoudre en termes de maths modernes mais soit en terme de maths anciennes soit sous forme littéraire" Ce rêve devient bien étrange si l'on considère que j'avais passé mes vacances à l'étranger, chez un ami qui m'avait prêté sa villa; or le chauffe eau de cette habitation, un cumulus, était défectueux et m'avait beaucoup préoccupé durant tout le mois, car je me connais mal en plomberie.

Nous nous étendions fréquemment sur l'herbe du jardin avec nos amis, nus pour prendre le soleil.

Je m'étais, par ailleurs, passionné bizarrement pour un problème de mathématiques dont on ne sait pas s'il en existe un algorithme efficace et qui fait l'objet de recherches chez les mathématiciens modernes : il s'agit du problème du V.R.P. Certains le rangent parmi les problèmes insolubles, d'autres persévèrent dans leur effort de le résoudre, en raison des importantes conséquences mathématiques et économiques que cela pourrait avoir; on utilise actuellement des algorithmes imparfaits qui aboutissent à une solution lourdement approximative. Dans ma recherche personnelle de la solution j'avais fait diverses tentatives s'appuyant sur les angles plutôt que sur les longueurs...

L'hypothèse d'une connaissance acquise par des voies courantes au cours de la période précédant les vacances ne tient pas : en effet je ne connaissais pas la villa et le problème de chauffe eau qui y était attaché; d'autre part j'ai découvert ce problème de mathématiques, dans une revue scientifique que j'ai trouvée également dans cette villa, lors de mon séjour et non auparavant.

J'ai donc tendance personnellement à conclure en faveur d'un processus de perception quasi sensorielle dans ce cas précis.

Vocation:

Shirley a poursuivi du Rêve Eveillé pendant deux ans, à raison d'une séance par semaine. Je ne la revois pas pendant les deux ans qui suivent. Or, comme je pense à elle à plusieurs reprises au cours de la même journée, me demandant ce qu'elle est devenue et souhaitant la rencontrer à nouveau, elle me téléphone pour obtenir un rendez vous qui restera isolé et au cours duquel je l'entends m'informer en détail de son évolution, des raisons qui l'avaient poussée à interrompre sa cure ("demander le concours d'un psychiatre signifie, pour moi, être une 'malade mentale'"), et de ce qu'elle lui avait apporté ("J'ai retrouvé un axe à l'intérieur de moi-même").

S'agit-il d'une simple coïncidence aléatoire ? Les conséquences de nos rencontres comportaient-elles que nous attendions l'un et l'autre exactement le même laps de temps avant de souhaiter nous rencontrer à nouveau ? A-t-elle répondu à une suggestion télépathique que je lui aurais adressée ? Ai-je plutôt reçu d'elle un message m'annonçant qu'elle envisageait de me recontacter et l'ai-je interprété comme un souhait de ma part ?

 

L'incarnation de la théorie:

Zina raconte "Je venais de lire un article de G. Haag sur les bébés, les enfants psychotiques; sur les deux moitiés du corps (côté bébé, côté maman).

Je reçois un enfant de dix ans qui avait eu l'oeil crevé alors qu'il était beaucoup plus jeune.

Je demande à ce garçon de me faire un personnage: il lui fait deux têtes; toute une moitié, correspondant à l'oeil crevé, était monstrueuse: pinces de crabe pour les mains, etc, l'autre moitié était normale.

Il m'a dit "C'est les DEUX MOITIES DU CORPS, ce personnage à deux têtes".

On voit là, très clairement, la préoccupation théorique contingente de Zina surgir dans le dessin et jusque dans le MOT à MOT du discours de son petit patient...

Autre fait:

Un de nos confrères (de l'Académie Baroque, fondée par Marc Thiberge) rapporte : J'avais joué tout le Dimanche avec mes enfants pour leur apprendre à manipuler un cerf-volant retenu à l'aide de fil de pèche. J'avais le lendemain, dans ma poche, encore un bout de ce fil. Lors de sa séance un de mes analysants, qui était un jeune garçon, produisit maintes associations concernant des cerfs volants et la pèche à la ligne... Ce fait m'a troublé sans que j'en tire de conclusion précise.

CONCLUSIONS PROVISOIRES

1) S. Freud, devant les faits inattendus qu'il pouvait observer, a toujours déployé de grands efforts pour les ramener à la "philosophie commune" de son époque, nommément au positivisme et au scientisme. Il s'y est efforcé, en particulier, concernant les phénomènes prétendus télépathiques, précognitifs ou psychokinétiques (poltergeist, etc...).

2) Il a cependant été contraint par son honnêteté intellectuelle d'accepter, au moins à titre de possibilité, dans certains cas, la transmission d'informations d'un individu à l'autre sans utilisation des canaux de communication connus.

3) La recherche parapsychologique passée et contemporaine présente un certain nombre de résultats dont plusieurs semblent aussi fiables que souhaitable pour entraîner l'approbation de tout esprit libre de préjugé.

4) Les faits de cet ordre existent de manière irrécusable dans la vie personnelle et professionnelle de nombre d'entre nous sinon tous, mais un barrage lié à la crainte d'être traité de naïf ou de malade et basé sur l'absence de théorie explicative disponible en dehors de celles qui proviennent de l'occultisme et de la magie, conduit la plupart des observateurs, notamment quand ils s'expriment en public, à nier vigoureusement avoir été le témoin de phénomènes de ce type ou croire en leur existence.

5) Personnellement, j'ai observé des faits attribués par erreur à la parapsychologie, soit par supercherie (soucoupe volante photographiée à Alès), soit par conviction préalable (lévitation dans le cadre de la MT ou du bouddhisme tibétain); d'autres faits sont sujets à caution et peuvent s'expliquer de manière plus ou moins probable par une causalité déjà répertoriée (informations non verbales, y compris para-liminaires); enfin certaines "coïncidences" sont extrêmement troublantes et certaines statistiques défient les lois du hasard.

6) Mes propres observations ont été réalisées avec du matériel artisanal comportant de simples circuits électriques ou un montage électronique complexe avec fonction de Randomisation et Mémorisation automatique des résultats, qui a fait l'objet d'un dépôt de brevet et d'un mémoire de deux étudiants de l'Enseiht.

Ces observations concernent 1700 essais réalisés avec ma femme, et ce cas reste discutable (possibilité que la beauté de la courbe soit due, au moins en partie, à une discrimination sonore apprise). Ils concernent aussi des séries de précognitions par un enfant de 1O ans qui m'ont convaincu de l'existence de ce type d'information. Une étude avec cet appareil a également été entreprise à l'Ecole Montalembert et à la Faculté du Mirail. Y. Lignon présente régulièrement ce dispositif à la T.V. lorsqu'il y est invité.

7) La prise en compte de la télépathie et de la précognition contraint l'esprit à recevoir l'idée d'un degré quelconque - aussi minime soit-il - de psychokinèse: en effet la transmission d'une information suppose, non seulement un émetteur, un récepteur, un message et un canal. A moins de faire appel à quelque entité immatérielle qui serait le vecteur de cette information, on est contraint d'admettre l'existence d'une action matérielle de l'émetteur sur le récepteur: action à distance et à travers le temps. La première déjà, implique la possibilité pour l'organisme de l'émetteur de modifier "quelque chose" dans celui du récepteur; s'il peut le faire sur le récepteur il devient plausible de l'envisager à l'égard d'un animal, d'une plante ou d'un objet (poltergeists).

8) La prise en compte de ces données par la psychanalyse pourrait modifier - d'une manière éventuellement notable - sa théorie et notre pratique. Par exemple, dans certains cas, une réaction inhibée de l'analyste, avec non réponse verbo-psycho-motrice à tel contenu perturbateur, pourrait aller de pair avec une forte décharge télépathique. On pourrait notamment observer une contradiction entre suggestion inconsciente télépathique et attitude visible, par exemple face à un analysant de structure fragile; avec pour conséquence, selon la notion de double contrainte de Palo Alto, une décompensation psychotique. La contre-indication de l'analyse dans ce cas pouvant être déduite de ce mécanisme, de même que l'effet Dolto-magique...

D'autre part, et sous l'hypothèse supplémentaire que autant elle est subtile autant plus active, la suggestion devrait être réinjectée en force dans l'ensemble des paramètres analytiques. Notamment au bénéfice inavoué du théoricien qui s'émerveille sans cesse - depuis le temps il aurait pu s'interroger ! - de l'étonnante adéquation de ses analysants aux axes et aux détails de sa propre recherche... Peut être que ce phénomène concerne plus spécialement certaines phases de l'analyse, certains états de l'analyste et/ou de l'analysant; il ne serait pas indifférent de s'en faire une idée...

Objections:

On pourrait émettre des objections épistémologiques concernant la définition par la négative de la parapsychologie (communication SANS vecteur connu).

Des objections fondées sur l'absence de certitude relativement aux faits.

Certains pensent que si la preuve expérimentale était fournie cela ne devrait rien changer ni à la théorie ni à la pratique de la psychanalyse.

Certains collègues - des plus opposants pourtant - avouent qu'ils intègrent pourtant ce type de phénomènes à leur vie, en tant que poésie ou fiction amoureuse à laquelle on réserve une éventualité d'existence sans adhésion positive (faire comme si on y croyait, sans y croire et tout en y croyant).

BIBLIOGRAPHIE

 

B. Auriol : le Projet Agape

A. Binet La suggestibilité, Schleicher Fr. éd., Paris, 19OO

Freud

Lettre à S. Ferenczi du 2O Août 1910

Lettre circulaire du 15 Mars 1925

Lettre à Jones du 7 Mars 1926

Rêve et Occultisme 1926, 1932

P. Janet L'automatisme psychologique, Chap. III - Alcan - 1930

C. Krause Le massacre de Guyana, Presses de la Renaissance - 1978

F. W. Myers La personnalité humaine, sa survivance, ses manifestations supranormales, traduit et adapté par le Dr S. Jankélévitch, Chap. VIII - Alcan - 1906

A. Tanquerey Précis de Théologie ascétique et mystique Desclée - 7° Ed. - 1923

cf. aussi le rapport de L'IEEE (Institute of Electrical and Electronic Engineering (San Diego, Californie, USA) et la revue La Jaune et la Rouge des anciens de polytechnique (N° spécial sur la parapsychologie).

P.S. tiré de la discussion : l'accès au paranormal est favorisé par l'utilisation de l'image et suppose un détachement du médium vis à vis de soi-même au profit du message qu'il s'essaye à capter et qui est propriété d'un autre: d'où l'usage d'un support REEL de signification indéfinie (tâches d'encre, disposition aléatoire de coquillages, etc) qui permet à l'image de naître et dont la fixation méditative crée une certaine vacuité chez l'opérateur (Etat de veille paradoxale).

La communication, contrairement à ce que pensait Freud, pourrait bien se rapprocher, plus d'un transfert d'image que d'un transfert de pensée. L'usage de mots conduit les expérimentateurs, bien souvent à l'échec, à moins qu'ils ne soient directement connectables à des émotions distinctes et définies. Les images visuelles, les prénoms de personnes chères au récepteur semblent beaucoup mieux utilisables.
 


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10 Février 2005