Dr Bernard Auriol
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"L'un de vous est-il en mauvaise santé
? En vérité, si les auteurs semblent chérir la foi religieuse en tant qu'auxiliaire médical, ils ignorent tout aspect transcendant, mettant leur confiance dans le pouvoir de la prière plutôt qu'en la toute puissance du Créateur. Ils sont attentifs à cantonner le pouvoir guérisseur de la foi au malaise vécu par le patient sans préjuger de la maladie que le clinicien diagnostique et mesure avec ses outils technologiques. Les auteurs ignorent la distinction qu'on peut faire entre guérison par la Foi et guérison par le pouvoir divin, objet de la foi, on ne sait si pour eux, le Créateur est notre seul espoir, ou seulement un espoir (qu'il existe...). Ils prennent soin de distinguer la foi de ses implications, notamment en fonction de la doctrine qui lui est liée, des pratiques et habitudes qu'elle entraîne (prière, alimentation, etc.). A part la foi en Dieu, n'importe quelle adhésion enthousiaste pourrait-elle avoir d'aussi positives conséquences ? Doit-on encourager la foi sur ces bases purement utilitaires ? L'inclusion à un groupe communautaire, solidaire, encourageant, ne suffirait elle pas à produire les effets constatés ? Par exemple, Howard Spiro note que l'adhésion de certains patients aux Black Panthers leur avait permis d'abandonner l'alcool et toutes sortes de drogues, accédant ainsi à une meilleure santé ! L'adhésion à la Franc-Maçonnerie n'aurait-elle pas des effets du même ordre ? Mais, si la foi religieuse peut aider le corps à combattre la maladie, comme certains le croient, la perte de la foi peut elle rendre plus vulnérable à la maladie ? Oui, selon Thomas G. Plante (Stanford University) et Allen C. Sherman (University of Arkansas) qui ont constaté que les patients âgés qui sont devenus pessimistes au sujet de leur foi religieuse présentent un plus grand risque de mortalité. Le Dr. Harold G. Koenig, professeur associé de psychiatrie au centre médical de la Duke University ( Durham, Caroline du nord), explique que les sentiments de doute et de colère envers la foi sont naturels et normaaux en cas de maladie grave, mais quand les gens se fixent là-dessus, "cela crée du stress qui interfère avec la capacité du corps à récupérer." Le Dr. Koenig et son collègue le Dr. Kenneth I. Pargament, professeur de psychologie à l'université d'Etat Bowling Green dans l'Ohio, ont interrogé 596 patients de plus de 55 ans, hospitalisés pour diverses maladies au Duke Hospital ou le centre médical de Durham entre janvier 1996 et mars 1997. La grande majorité des patients étaient de foi chrétienne. Les chercheurs ont questionné les patients sur la façon dont ils utilisaient la religion pour faire face au stress d'une maladie médicale. On considérait comme sentiments religieux négatifs
Les patients furent l'objet d'un suivi pendant une durée allant jusqu'à 2 années. Les résultats, publiés dans les "Archives of Internal Medicine" (N° 27, Août 2001), indiquent que le conflit religieux a été associée à un plus grand risque de mortalité. Plus précisément, les patients qui disaient se sentir "mal aimés par Dieu" et qui "attribuaient leur maladie au diable" se sont avérés avoir un risque accru de 19% à 28% de mourir dans un délai de 2 ans. Les investigateurs ont contrômé d'autres facteurs qui pourraient avoir influencé ces résultats, tels que la dépression, la sévérité de la maladie, le genre, l'âge et la qualité de la vie. Cependant, les résultats ont pu également être expliqués par d'autres facteurs, tels que des sentiments de découragement résultant du conflit religieux. Le Dr. Koenig indique que ces résultats suggèrent qu'il est important pour les professionnels médicaux d'évaluer les sentiments religieux des patients en tant qu'élément à prendre en compte dans un soin médical attentif. "Les malades ont besoin qu'on évalue leurs attitudes spirituelles pour se mettre à l'abri de ce qu'elles pourraient avoir comme effet négatif," (d'après "LOSS OF RELIGIOUS FAITH MAY INCREASE RISK OF DEATH, Ann Intern Med 2001;161:1881-1885".) |
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: Un sondage réalisé sur 31 000 adultes en 2004 par le CDC (Centres de prévention et de lutte contre la maladie) montre que 43 % des Américains prient pour leur propre santé, et 24 % pour celles d'autres personnes (Los Angeles Times).
Parmi les précurseurs de telles recherches, l'Institut des sciences noétiques (IONS), fondé en 1973 par l'astronaute Edgar Mitchell, occupe une place de choix. Marilyn Schlitz, du Centre médical Pacifique de Californie à San Francisco, spécialiste confirmée du cancer du sein, collabore à l'IONS. Elle mène depuis vingt ans une étude sur les capacités de guérison par l'esprit humain. Mais la première grande étude clinique sur la "guérison à distance" a été menée à l'hôpital général de San Francisco en 1988 par le cardiologue Randolph Byrd sur 393 patients. Dans un article publié par le Southern Medical Journal, il montre que les patients qui n'ont pas fait l'objet de prières nécessitent plus de soins et souffrent plus souvent de complications. Des résultats allant dans le même sens ont été obtenus sur des patients atteints du virus du sida lors d'une étude menée par le Centre médical Pacifique de Californie. Le journal de Los Angeles cite d'autres types d'études sur les effets de la "guérison à distance" et conclut par les observations du docteur Mitchell Krucoff, cardiologue à l'université Duke : "J'ai vu de nombreux patients proches de la mort, et ce qui détermine leur survie dépasse souvent la technologie et la médecine. Que vous appeliez cela la foi, l'énergie divine ou l'effet placebo, ce facteur fait une différence". Une position nettement plus critique vis à vis des méthodes des guérisons parallèles, s'appuyant sur l'effet placebo, a été défendu en particulier par J.J.Aulas. (La prière qui guérit ? d'après Randolph Byrd in Courrier International du 10 Mai 2005 ) |
| Une étude ultérieure va dans le sens opposé à
celles que nous venons de citer; il vient même que la prière
pourrait se révéler dangereuse pour la santé The American Heart Journal, la bible mensuelle de la cardiologie, publie dans sa livraison d'avril une étude qui évalue le rapport bénéfice-risque de la pratique de la prière. Ce travail est signé de seize praticiens dirigés par les docteurs Herbert Benson et Patricia L. Hibberd. S'il s'agit bien ici de prière - cet acte de religion par lequel on s'adresse à Dieu pour l'implorer ou pour l'adorer -, il faut préciser qu'il s'agit de prières collectives effectuées pour le bénéfice potentiel de tierces personnes. Les auteurs précisent qu'il s'agit là de pratiques très répandues dans certaines congrégations religieuses, mais que ces pratiques n'ont pas, jusqu'ici, fait la preuve scientifique de leur efficacité. Le temps était donc venu de faire la lumière en usant des outils méthodologiques habituellement utilisés en médecine pour établir un lien de causalité et faire la part du hasard. Ce travail a été conduit auprès de 1 802 personnes ayant subi, entre janvier 1998 et novembre 2000, dans six établissements hospitaliers américains, un ou plusieurs pontages aorto-coronariens - intervention chirurgicale très répandue qui consiste à modifier le circuit de la vascularisation du muscle cardiaque chez des personnes exposées au risque d'infarctus du myocarde. Trois congrégations religieuses, deux catholiques et une protestante, ont été chargées de prier pour "la réussite de l'opération chirurgicale et une guérison rapide sans complications" des malades dont elles recevaient le prénom et l'initiale du nom de famille. Après tirage au sort, trois groupes furent constitués. Les personnes du premier et du deuxième groupe avaient été informées de ce qu'elles pourraient ou non faire l'objet de prières. En réalité, seul le deuxième groupe en aura bénéficié. Le troisième groupe fut, lui, effectivement l'objet de prières et en fut préalablement informé. Toutes ces prières ont été prononcées durant une période de quatorze jours commençant la nuit précédant l'intervention de chirurgie cardiaque. Le premier point-clé de l'étude était la survenue ou non d'une complication médicale à 14 et à 30 jours. Le second concernait les taux d'accidents graves ou mortels. Dans les deux premiers groupes - ceux composés des personnes ne sachant pas si on priait ou non pour elles -, les auteurs de ce travail ont observé une égalité presque parfaite des conséquences de l'intervention. Des complications sont survenues chez 315 des 604 personnes du premier groupe et chez 304 des 597 du deuxième, soit des taux respectifs de 52 % et 51 %. Quant au troisième groupe - pour lequel les prières étaient effectivement effectuées et les malades informés qu'elles l'étaient -, le taux de complications a été de 59 % (352 sur 601). La fréquence des nouveaux infarctus fut aussi supérieure (18 % contre 13 %). Quant aux taux de mortalité, ils furent les mêmes dans les trois groupes. Les auteurs de ce travail en tirent deux conclusions.
Comment comprendre ? Les auteurs expliquent ce résultat par le stress subi par des patients inquiets de se savoir à ce point malades "que l'on avait dû avoir recours, les concernant, à un groupe de prière". ..
d'après Jean-Yves Nau, in LE MONDE, 06.04.06 ) |
15 Avril 2006
Références