Dans le monde occidental, il s'agit de Satan, d'un Démon ou du Diable qui est censé s'être emparé de certaines des ressources physiques et /ou mentales d'un individu pour le contraindre à des actes auxquels il n'adhère généralement pas, dont il ne se souviendra pas et qu'il réprouve dans son état normal. On ajoute que la nature du phénomène exige pour se départager de la pathologie la production de phénomènes d'ordre préternaturel (nous dirions aujourd'hui parapsychiques).
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Ce dernier point indique l'intérêt des cas de possession pour le parapsychologue, en ce sens qu'ils pourraient constituer un répertoire historique à demi exhaustif de notre domaine d'observation, sous réserve de confirmation quant à la matérialité et à l'authenticité de ces phénomènes inexplicables, ainsi collectés. L'autre "demi" relevant plutôt des "miracles" produits par les saints et dont le caractère "préternaturel" est également souligné.
Avant de prendre en considération la possession elle-même, jetons un coup d'oeil sur Celui qui est censé en être l'auteur. Satan nous disent les rabbins, les curés et les marabouts...
EtymologieCe mot se différencie assez nettement de la racine DJN qui nous a donné les "génies" des Mille et Une Nuits. Les Djinns sont du monde des ombres et du conte, ils ne sont pas loin de l'hallucination, du délire, de la démence. On y rattache les mots signifiants :"énergumène, forcené, fou, lunatique, maniaque, possédé, idée extravagante, musique frénétique, hurlements insensés, aimer à la folie, fureur, frénésie, passion..."
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Etre possédé par Satan, le Diable ou le Démon, revient à incarner la pomme de discorde, à représenter les haines, les conflits, les désaccords du groupe... On peut incarner cette Discorde (Eris) :
L'étymologie fait du possédé une sorte de bouc émissaire porteur des "péchés" (les conflits) du peuple : les remarques de Girard (1972) pourraient peut-être nous être de quelque secours à ce sujet...
Le possédé serait porteur des péchés mais doté de pouvoirs
Ce flou théologique témoigne de ce que le démon est de l'Autre Bord, personnification du Mal, c'est à dire de ce que rejette l'Officialité sociale ou intime.... L'excommunié est en quelque sorte la proie du malin avec qui il partage les ténèbres "extérieures" (et plut au ciel qu'elles le soient... extérieures ! justement)...
Les hérétiques, brûlés depuis, n'ont pas été avares eux-mêmes de condamnations et d'anathèmes jusqu'à des dimensions inouïes ! Les Messaliens comme les Bogomiles, les Cathares, les Vaudois, les Gnostiques et les Manichéens étendent l'idée de possession démoniaque à l'ensemble de l'Univers échappé au Dieu Bon pour tomber aux mains du Dieu Mauvais, le Grand Satan. Dans le Livre des Deux Principes par exemple, nous trouvons la démonstration métaphysique et scripturaire de la nécessité et de l'existence d'un principe mauvais, "puissant en iniquité" : Sathanas. Il s'agit de la part de Néant qui habite l'être en tant qu'il est séparé du vrai dieu (Nelli, 1959). Les cathares ont vécu. Voyons les écrits des auteurs catholiques !
On peut être possédé du démon ou nouer un mariage mystique avec Dieu. Le saint peut, lui aussi, devenir prophète, thaumaturge, accomplir toutes sortes de prodiges... Dans les civilisations non européennes, la possession par un bon esprit fait pendant à la contrainte des démons.
Les catholiques savent que le diable est du côté de l'erreur et que Dieu soutient la Vérité, qui est, bien sûr, de leur côté. Voilà le critère le plus radical dans sa simplicité pour discerner les esprits et savoir si tel phénomène parapsychique est diabolique ou miraculeux... Des siècles après Simon de Monfort et Dominique, Cordes reste une ville hérétique et le Saint de Toulouse (Père Marie-Antoine) " avait peine à croire qu'une ville de son diocèse d'origine fut à ce point sous la domination du diable " (Ernest-Marie Beaulieu, 1909).
Pour les penseurs catholiques, le démon peut se manifester sur un plan purement psychologique : il le fait par l'obsession ou tentations obsédantes, faites de pensées ou/et d'hallucinations ; si son intervention se complexifie et prend des détours physiologiques ou préternaturels, il s'agira de possession.
Tableau 1
| Sondage auprès des théologiens (Hammers, 1974) |
catholiques |
protestants |
||
| Questions |
non |
oui |
non |
oui |
| L'enseignement traditionnel de l'Eglise sur le diable entrave la lutte contre la superstition |
69 |
31 |
39 |
61 |
| Le diable n'est représenté dans la Bible comme une personne que parce que la Bible a en général repris les expressions mythiques de son temps |
61 |
40 |
24 |
76 |
| Le diable est une personnification du Mal en nous et dans le monde, mais non pas un être personnel existant réellement |
63 |
37 |
26 |
74 |
| L'homme est capable des plus grands forfaits sans que le diable ait même à remuer un doigt |
35 |
65 |
30 |
71 |
| Ceux qui veulent rendre le diable responsable de leurs tribulations cherchent à échapper à leurs conflits intérieurs |
36 |
64 |
19 |
82 |
| Si nous prenons au sérieux et combattons le mal, nous remplissons l'intention de la Bible, que nous croyions ou non à l'existence personnelle du diable |
23 |
8 |
15 |
85 |
Le théologien est soumis à question, du fait de l'entrecroisement des assauts de la triple concupiscence naturelle à l'homme, et de l'action diabolique. Mais Tanquerey (1924) n'accepte de qualifier cette dernière à moins que des phénomènes extraordinaires (parapsychiques) l'imposent.
Nous mettrons à part les assauts sexuels dus à des êtres spirituels malins et lubriques : incubes et succubes. Ils sont d'un grand intérêt psychanalytique mais n'exigent aucune investigation parapsychologique dans la mesure où tout peut se résoudre à des phénomènes de représentation subjective.
Dans ce cas, on pourrait mettre en évidence la présence du démon et son empire sur le corps du possédé. On distingue un état de calme et un état de crise.
Mis à part sa signification théologique particulière et les éventuels phénomènes parapsychiques qui lui seraient associés, la crise de possession ne se distingue pas d'une crise d'hystérie au sens de Charcot ou des phénomènes de spasmophilie, de transe ou états de rebirth que nous rencontrons ...
Pour les théologiens, le diagnostic différentiel entre maladie mentale et possession diabolique, ne se fait que sur l'existence de phénomènes paranormaux. Certains ont cependant déjà révisé leur position et nous lisons dans le "Praktisches Bibellexicon" (1961, p.126): " étant donnée la ressemblance frappante entre la possession et les phénomènes parapsychologiques, aujourd'hui s'impose la plus extrême réserve. Ce qui, auparavant était considéré comme le signe certain de l'authenticité d'une possession ne peut plus aujourd'hui passer pour tel sans plus ample examen ".
Si l'on admet, au contraire, que les phénomènes parapsychologiques échappent au domaine du préternaturel et concernent simplement le champs scientifique, tout critère disparaît, pour différencier la possession d'une forme appropriée de trouble psychopathologique ou de mécanisme psychophysiologique dont les conséquences pourraient même, dans certains cas, être bénéfiques et utilisés par le thérapeute (Donnars, 1981)..
Du point de vue non théologique du parapsychologue, les phénomènes particuliers qui orchestrent la possession ou la sainteté et semblent échapper à l'analyse scientifique courante, sont pourtant de son domaine par l'hypothèse constitutive de la parapsychologie elle-même ...
Frobenius pense, à tort, qu'il s'agit d'épilepsie. Osterreich le conteste mais accorde qu'il pourrait s'agir d'une "imitation par suggestion" de ces crises. Cette dernière hypothèse ne parait pas nécessaire : l'état de crise produit par l'hyperpnée ou la danse (transe-terpsichore-thérapie de David Akstein, 1965) est reproductible indépendamment de la suggestion ou de la vision préalable d'une crise d'épilepsie.
Jacques Donnars réunit, avec juste raison, l'ensemble des états de possession, extase, etc... sous le terme générique de transe qu'il définit comme une " manifestation corporelle qui traverse la plupart du temps, avec une certaine brutalité, la vie comportementale d'un sujet et semble, pour l'observateur du dehors, arrêter la façon dont la conscience du sujet le mettait en rapport avec son entourage et avec lui-même, manifestation sans lésion neurologique résiduelle ". L'effet du processus est de libérer l'expression de ce qu'il appelle - pour n'en pas faire des diables doués d'une substance séparée - " parasites psychiques ".
La transe résulte de certaines pratiques collectives mettant en jeu un ou plusieurs des éléments suivants : la danse rotative, l'hyperflexion ou l'hyperextension du cou, la pression sur les globes oculaires et la fermeture des paupières, la manuvre de Valsalva, les sons rythmiques, le jeûne, la respiration, l'usage éventuel de toxiques, l'échauffement collectif et certaines formes de la croyance, etc ...
Il décrit six types de transe qu'on pourrait rapprocher des différents caractères exhibés par différents démons ou esprits évoqués par le biais des verres et des tables tournantes. Les types sont les suivants :
La transe est bien proche des états de somnambulisme artificiel (hypnose) et du somnambulisme tout court, dont on a montré les liens très importants qui l'attachent à la "personnalité hystérique". Le statut mental des " somnambules " reste aujourd'hui très discuté. Une équipe de psychiatres britanniques a étudié des patients présentant cette affection et les a comparés à des sujets ayant des accès de panique nocturne avec amnésie post critique. Les questionnaires employés ont montré que les somnambules avaient une personnalité hystérique très développée avec une tendance à l'hostilité envers autrui, alors que l'autre groupe montrait des signes évidents d'anxiété. Le somnambulisme pourrait être un aspect particulier de 'dissociation' mentale hystérique. (Crisp, 1990)
Voici un exemple de transe (Donnars, 1981) qui dans un contexte approprié serait rangé parmi les possessions : " Soudain ses traits se convulsent, un cri de bête qu'on égorge lui sort du gosier, un rictus se précise, tandis que ses bras, ses jambes se tordent, comme si elle tentait de s'opposer vainement à la charge de souffrance qui semble monter de ses profondeurs. Elle tente de fuir. Tout son corps manifeste l'effroi, l'angoisse. Sa tête tourne maintenant sur son cou à s'en décrocher, tandis qu'elle écume et commence à ruisseler de sueur. on corps gesticule dans une totale dissociation, comme si chaque membre illustrait l'énorme division dont elle est le siège ". Elle évoque plus loin la lutte avec des " êtres inquiétants qui s'approchent pour abuser d'elle ".
Selon les théologiens, il existe des signes permettant de porter le diagnostic de possession: comme l'indiquait le Dr André Malacan, le Rituel Romain énonce trois symptômes essentiels (parmi d'autres qui auraient une valeur analogue):
C'est l'un des trois critères retenus par le Rituel Romain pour affirmer l'existence d'une possession. Ce "don des langues" existe aussi chez les âmes proches de Dieu au sein d'une assemblée charismatique, mais cette ambiguïté ne trouble personne : le caractère extraordinaire de cette capacité de connaître une langue inconnue est portée à l'actif du surnaturel; le contexte permettra de savoir s'il s'agit de Dieu ou du Diable. Tel ce cas cité par Ambroise Paré (1841):
" Le troisième mois, l'on descouvrit que c'estait un diable qui estait auteur de ce mal, lequel se déclara luy-mesme, parlant par la bouche du malade du grec et du latin à foison, encore que le dist malade ne sceust rien en grec. Il descouvrit le secret de ceux qui estaient là présents, et principalement des médecins, se mocquant d'eux pour ce qu'avecque des médecines inutiles ils avaient presque fait mourir le malade ".
Le caractère parapsychique de ce don soudain est loin d'être facilement démontrable. Le contexte général du phénomène tend à susciter un préjugé de merveilleux, le même qui entoure la littérature hagiographique et qui pourrait intervenir dans la transformation évehmériste de certaines anecdotes mythologiques.
C'est ainsi que le "latin de coquin" du possédé de P., plein d'erreurs syntaxiques et orthographiques passe pour une production infernale digne de Sénèque ! Par ailleurs, l'absence de contact préalable du possédé avec la langue qu'il produit n'est généralement pas assuré; il est même le plus souvent fort suspect...
Elle est souvent citée comme une preuve de "surhumanité" chez le possédé. Le "forgeron / exorciste" éthiopien dit à la possédée "lève cette pierre !" (c'était une très grande pierre qu'elle n'aurait pas pu remuer dans son état naturel; mais elle la mit facilement sur sa tête et tourna en rond comme une roue jusqu'à ce que la pierre tombât d'un côté et elle de l'autre) (selon Waldmeier cité par Osterreich, 1927).
Dans l'affaire de P., le curé de la paroisse et d'autres témoins, rapportent qu'une croix métallique très solide, implantée sur la place du village, a été un matin retrouvée tordue de manière impressionnante : ce qui ne saurait être que l'oeuvre du démon, puisque personne n'a pu la redresser; si ce n'est à l'aide d'un tracteur... La torsion s'étant produite sans témoin, il est bien risqué d'écarter l'idée d'une supercherie due au possédé et à sa femme ou, plus vraisemblablement d'une aide ironique au démon par quelque jeune agriculteur des environs, amusé par les rumeurs et les frayeurs régnantes... Les moyens utilisés appartenant alors au domaine très naturel des palans, cordes, engins agricoles, etc....
Les cas de "force surhumaine" peuvent cependant s'attester, y compris dans le monde "normal" de la névrose, de l'enthousiasme, de la colère ou de l'amour. Une violente émotion peut conduire un être de musculature peu exercée à développer pour une courte période une force étonnante; telle cette patiente "fragile" pourtant qui, sous nos yeux, détruisit de ses mains un cendrier solidement vissé au mur...
Tanquerey joint la lévitation au chapitre des "forces dépassant notablement" les ressources physiques du sujet.
Pour les Messaliens, la prière perpétuelle aboutit à l'extase et aux trépidations et danses, qui ne sont pas vues là comme précurseurs de lévitation ("sauts de grenouille" de l'aire indo-tibétaine), mais comme façons de "piétiner le diable".
La lévitation existe aussi chez les "possédés" de Dieu, les saints.
Tel le Curé d'Ars, s'élevant pendant qu'il prêchait, ou Thérèse d'Avila au cours de ses extases.
Le phénomène est revendiqué aujourd'hui par les sectateurs de Maharishi qui expérimentent le "flying" ou "vol yogique". Leur espoir de se stabiliser en l'air, en dépit des lois de la pesanteur n'a reçu, à ce jour, aucune confirmation expériencielle ni expérimentale. Ils sont au moins capables d'accéder aux "sauts de grenouille" dont la tradition indienne fait la première étape de la lévitation. Les performances sont parfois étonnantes et ont déjà fait l'objet " d'olympiades de la conscience " mettant en compétition les plus performants d'entre les "siddhas".
Cette forme de compétition a quelque chose de bizarre si on prend en considération l'esprit de non compétition qui, selon beaucoup, doit présider à la pratique du yoga !
L'accession à ces prouesses nécessite une pratique assidue de la méditation et de l'état de " veille paradoxale ". Les effets musculaires de ces pratiques sont parfois violents : on assiste comme chez les "quakers" à des mouvements saccadés, des secousses myocloniques, l'émission d'expressions émotionnelles en accord avec les représentations inconscientes du sujet (rires, cris, larmes, etc). Les désirs sexuels peuvent, à certains moments, se développer, engendrer une sorte d'hyperesthésie et de douceur érotico-mystique, aboutir à des remaniements relationnels, etc. Ces faits sont peut-être à l'origine des interdictions de promiscuité entre hommes et femmes dans les synagogues, les églises, les mosquées et les temples bouddhistes.
La lévitation n'est qu'une des formes de la psychokinèse. On décrit chez les " possédés toutes sortes de phénomènes de ce type allant jusqu'à " ébranler la maison comme un tremblement de terre "... En l'absence d'observation mesurée, on peut supposer qu'au moins dans une forte proportion des cas, ces effets sont hallucinés par des témoins dont l'implication, en ce type d'événements à signification collective, ne peut-être évitée (Auriol, 1990) ... Cette implication collective des possessions se lit dans leur origine qui met en jeu les grandes affirmations religieuses et dans le support et l'amplification, la " culture " qu'elles reçoivent de l'environnement culturel et cultuel. A l'étonnement de voir le diable contribuer à l'édification religieuse et provoquer des conversions, l'être infernal répond par la justification qu'il y est contraint " par les trois de là-haut " (c'est à dire par Dieu trinitaire ; Sutter, 1921).
Il est même envisageable que les témoins soient eux-mêmes, individuellement ou collectivement, les auteurs inconscients des effets qu'ils observent,
Dans le cadre - un peu différent - de la Transe, Jacques Donnars (1981), remarque qu'elle peut s'accompagner d'un phénomène curieux touchant le fonctionnement des montres mécaniques. Il décrit le cas de montres s'arrêtant durant la transe pour redémarrer ensuite... Ce fait est probablement à rapprocher des interactions curieuses dont font état certaines personnes avec leurs montres. Non seulement elles n'aiment pas en porter, se les font voler ou les perdent, mais, fait plus étonnant, elles les dérèglent : elles avancent ou retardent systématiquement malgré tous les efforts des meilleurs horlogers. Tel de leurs anciens m'a fait confidence de la relative fréquence du phénomène.
Il nous est loisible d'invoquer quelque distorsion systématique des mouvements du poignet qui nuirait à l'harmonieux fonctionnement du mécanisme, de même que, lors de la transe, les tournoiements du corps peuvent sans doute suggérer une action négative sur les délicats organes de la montre... Malgré tout, le phénomène me parait mériter plus d'investigations - avant que les montres à quartz, réputées moins sensibles à de telles actions, ne fassent totalement disparaître le phénomène qui nous questionne !
Le pacte avec le diable est censé faire gagner de la richesse en échange du salut éternel... Dans certains cas, plus qu'une réussite inespérée, la création pure et simple de billets de banque serait le fruit de la transaction (K. Koch, 1972)... Le fait défie trop les lois de la physique et parait trop mal attesté pour que nous lui accordions un quelconque crédit... L'appât du gain allié à la sorcellerie produit plus facilement de vieux papiers journaux que des espèces sonnantes et trébuchantes : la presse nous a récemment fait connaître comment plusieurs sorciers avaient obtenu de leur client une forte somme d'argent, mise "sous scellé" afin qu'elle soit multiplié par 2, 5 ou 10 au bout de quelques semaines... Le délai passé, le client, ouvrant le paquet y trouvait de grosses coupures ... de presse. Le diable avait pris l'argent et enlevé le sorcier sur quelque tapis volant !
Moréri attribue aux Trembleurs (Georges Fox, 1652), Anabaptistes, Messaliens, et autres Enthousiastes (Gaspard Suvenke-Feldius, 1527) d'être possédés du démon. C'est ce dernier qui agirait lorsque, se réunissant en pieuse assemblée, silencieux et immobiles, l'une ou l'un d'eux se dresse, élevant la voix pour faire connaître l'inspiration divine dont il se sent tout à coup le truchement (Quakers). Le pieux abbé n'avait pas prévu que nous verrions, bénis par l'Eglise, surgir les "charismatiques" qui n'agissent pas autrement si ce n'est leur humble soumission à la hiérarchie...
Le "diable" d'Illfurt "disait aux visiteurs à brûle pourpoint leurs méfaits passés, leur reprochait les péchés les plus secrets". "Bien plus, il prédisait parfois des jours, des semaines à l'avance ce qui allait arriver, et la réalisation exacte de ses prédictions mettait tout le monde dans l'étonnement". Il multiplie les révélations historiques ou prophétiques, décrit des événements éloignés au moment où ils se produisent.
Mais, tout comme cette voyante égarée, qui demandait aux gens son chemin, le "diable" se trompe parfois ou avoue son ignorance !
- Quel est leur nom ?
- Canisi. L'autre il me dégoûte. Je ne sais pas son nom.
Le "bouda" d'Ethiopie, possédant une pauvre femme, est capable de découvrir, pour la boire cul sec, une mixture nauséabonde qu'on avait cachée, après l'avoir préparée selon la recette qu'il avait demandée (selon Waldmeier cité par Osterreich, 1927).
Les gestes pieux mettent le possédé dans une rage folle et le conduisent à "blasphémer horriblement" ! On pourrait remarquer qu'il ne saurait faire autrement sans déchoir complètement de son titre infernal. Si bien que Tanquerey exige que de telles "fureurs indicibles" surviennent malgré l'ignorance où serait tenu le sujet de la pratique pie que l'on est en train de réaliser.
Il n'en demeure pas moins qu'à P., le "possédé" s'énerve aussi quand le prêtre, à voix chuchotée, échange avec un technicien des paroles profanes, qu'il prend pour des prières.
Le démon l'est du point de vue de la dogmatique et même des choix politiques du milieu qui le fait venir au jour. A Illfurt, comme la sociologie bien-pensante le voulait alors, le diable est favorable aux Protestants, aux Juifs et surtout aux Francs-Maçons. Il est l'adversaire de Napoléon III, car ce dernier entretient de bonnes relations avec le Pape... Il est aussi très en faveur du bal, de l'Ivrognerie et de la République, etc...
Il se doit d'étaler un comportement réprouvé en quelque manière par l'entourage, actuel ou ancien... Ainsi d'employer des mots orduriers, scatologiques, de tirer la langue, de faire des gestes obscènes, etc...
Tout aussi puissante que l'amnésie infantile ou celle du rêve des " nuits sans rêve ", l'amnésie de la possession est fréquente, sinon constante. Elle peut-être, chez le possédé, levée par des procédés classiques tels : hypnose, association libre, surprise signifiante, etc...
Son mécanisme peut se distribuer selon différents axes émargeant au discours psychanalytique : forclusion, refoulement, déni et parfois simulation.
Elle peut s'adosser à la rationalisation qui fournit au moi conscient et à l'entourage une explication plausible de certains phénomènes (cf. le spectateur de music-hall qui a reçu la suggestion post-hypnotique d'ouvrir son parapluie : il le fait et, oublieux de l'ordre qu'il a reçu, s'explique en disant que c'est seulement pour essayer son fonctionnement....).
Il n'en reste pas moins utile de considérer les "remèdes" proposés par l'Eglise, d'autant, qu'au delà de nos frontières culturelles - qui d'ailleurs s'effritent - des remèdes semblables sont largement utilisés et font chaque jour la preuve de leur efficacité; au point d'avoir entraîné la conviction de certains psychiatres occidentaux (Cf. le film du Dr. Collomb, le N'Doep, Sandoz).
| L'exorcisme est pratiqué dans d'autres religions que le christianisme
: le judaïsme ou l'islam par exemple. L'absence d'un encadrement approprié
a conduit certains fidèles à exercer le rôle d'exorciste
sans avoir toutes les connaissances requises, ou en cédant à
des positions obscures et brutales. Ceci dans le contexte
chrétien ou musulman par exemple. En voici un exemple, qui a
tourné mal, relaté par la presse :
Fatal exorcismeParce qu’ils ont voulu désenvoûter eux-mêmes
un jeune homme pris de convulsions, quatre fidèles incompétents
quoique de « bonne volonté » de la mosquée Omar
(11e - Paris) l’ont tué le lundi 3 octobre 2005 à
14 h 00. Brahim suivait les préceptes du mouvement Tabligh («
association du message »), mouvement islamique apolitique, et non
violent. Le médecin légiste a relevé des traces de coups et des côtes cassées, le larynx a été brisé, ce qui a entraîné la mort par asphyxie. « On ne voulait pas le tuer. On l’a même
réanimé. On voulait chasser le démon », racontent-ils,
unanimes. Déjà, en 1994, une jeune fille en proie à
une crise d’épilepsie dans une mosquée à Roubaix
avait été contrainte par l’imam à boire des
litres d’eau salée. Ce dont elle était morte. adaptation résumée du compte rendu
de Jérôme Pierrat |
Les Catholiques proposent pour venir à bout de la possession :
- la confession générale (relative à l'ensemble de la vie passée)
- le jeûne,
- la prière,
- la communion
- les objets bénis et surtout l'eau bénite (dont le rituel dit qu'elle "chasse le démon" mieux à son aise dans les flammes de l'enfer)
- l'exorcisme qui consiste - au nom du Christ - à intimer au démon l'ordre d'avouer son nom, puis de quitter le possédé; c'est une constante dans les exorcismes et on retrouve cette pratique dans la culture islamique (par exemple à Casablanca) : obliger le démon à se nommer revient peut-être à une forme de dévoilement de quelque élément inconscient et doit être considéré comme thérapeutique au sens psychanalytique. Par ailleurs, nommer un être donne "magiquement" pouvoir sur lui, dans la mesure où le langage nous permet de communiquer avec la communauté humaine au sujet de ce que nous nommons. Cette nomination lui enlève son caractère étrange, "inommable", exceptionnel et le prive ainsi d'une part de son propre impact.
Ces remèdes, ainsi que quelques autres utilisés par les rabbins, les marabouts, les imams ou les exorcistes japonais, ne sont remèdes qu'à moitié ; en ce sens qu'ils peuvent parfois induire le phénomène dont on prétend se rendre maître (Osterreich, 1927).
Le symptôme "possession" est substitué à d'autres formes de malaise, puis est attaqué par les représentants de l'ordre religieux. On peut voir là une forme de thérapie, conduisant à une évolution de l'individu et du groupe qui le soutient ou s'insurger contre l'obscurantisme que ces pratiques supposent. C'est tout le débat de l'ethnopsychiatrie dont on se fait gloire au Sénégal (N'Doep, Sandoz) et qu'on repousse avec honte en Algérie (Pr. Ben Miloud, comm. pers., 1975).
L'exorcisme dans certaines aires du Bouddhisme tibétain : le "mani-rimdu"
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Myers constate que les "centres cérébraux supraliminaux peuvent être accaparés par le moi subliminal" qui apparaît alors en forme de "quasi - personnalité"... Il remarque la nécessité d'une désertion préalable du "moi supraliminal" pour que la substitution s'opère au mieux (surtout s'il y a amnésie de la crise). Pour lui, la possession diabolique n'existe pas; mais alors, "est-il possible que le tourmenteur fût réellement une fraction du tourmenté" ? Bien sûr ! Comme en témoigne l'hystérie ! Il cite à ce propos le cas de Léonie (décrit par Pierre Janet). Les diables possesseurs, fussent-ils chinois, manifestent parfois des connaissances supranormales (Nevius) qu'on peut aisément ramener à de la télépathie ou à l'hypermnésie.
Myers croit aux fantômes et les possessions dont il fait état s'expliquent, par l'intervention " d'esprits désincarnés ". Notons la complaisance du phénomène, dans tous ses détails, avec les croyances régnantes ou les théories à la mode (Myers pense et écrit en pleine période 'spirite'). Dans un deuxième mouvement, ces théories reçoivent confirmation de ce qu'elles semblent pourtant avoir produit : les esprits prouvent le spiritisme tout comme les démons témoignaient de la foi médiévale !
Tertullien comme Saint Hippolyte déclarent que le "corrupteur du genre humain a coutume de marquer les siens pour les reconnaître"; il le fait au niveau de leur corps, tout comme le Créateur marque l'âme des siens par le baptême. Les marques du diable, pour l'Eglise du Moyen Age, ne se limitaient pas aux trois signes, aujourd'hui mentionnés par le Rituel Romain; on donnait même la préséance à d'autres symptômes tels que la lévitation et surtout des zones d'anesthésie, des points du corps anormalement insensibles (il peut s'agir, pour le neurologue moderne, d'un symptôme de lèpre à son début, de certaines maladies neurologiques ou d'un phénomène de nature hystérique).
Soeur Jeanne des Anges, la célèbre possédée de Loudun, se plaignait sans cesse de fourmillements (paresthésies). Elle avait "la moitié du corps tout grillé" ou devenait totalement anesthésiée.
Les possédés selon le Dr Paul de Bé présentent des anesthésies localisées telles qu'on peut les piquer en certains points sans qu'ils ne souffrent ni même saignent ! Tout individu soupçonné de sorcellerie ou de possession était donc mis à nu, rasé et "sondé" (piqûres d'aiguille) par des "experts", tel Pierre de Lancre, qui à lui seul, alluma plus de cinq cent bûchers.
Cet acharnement à détruire le mal détecté à quelque signe physique (sans parler des sorcières scoliotiques, des extra-terrestres au petit doigt raide, des sexes circoncis, des peaux bronzées, etc...) ne nous a pas quittés et pour cause ! "Par toutes les fenêtres ouvertes sur la fournaise, je voyais la cuve de feu, et je pensais qu'il était là, dans ce four, mort... (...) Non ... sans aucun doute... il n'est pas mort... Alors... alors... il va donc falloir que je me tue, moi !" (Maupassant, 1887).
L'école de Charcot reprit à son compte ces marques pour en faire des signes permanents de l'hystérie (Favrot, 1844). Ce type de symptôme est donc tombé de la mystique dans la psychiatrie et, l'évolution scientifique aidant, les Eglises (catholique et protestantes) se sont montrées de plus en plus restrictives sur les phénomènes de possession, les actions d'exorcisme et la référence au diable.
Pierre Janet (1930) marque très fortement ce tournant de son empreinte lorsqu'il établit un parallèle entre cet "esprit, Belzébuth qui la voulait brûler" (il s'agit de la supérieure des religieuses de Loudun) et le phénomène de double personnalité : "un fait analogue s'est passé presque sous nos yeux : une personne, mécontente de l'écriture automatique que sa main voulait faire, prenait les papiers écrits de la sorte et les jetait au feu; la seconde personnalité fut furieuse et, par une convulsion, mit la main du sujet dans le feu, la brûla sérieusement, puis s'en vanta ensuite dans toutes ses communications automatiques."
La Nouvelle Histoire de l'Eglise de Tüchle (1968) néglige de faire la moindre allusion à la possession, aux exorcismes et à la sorcellerie dans ses deux premiers tomes et n'y vient, petitement, que dans le troisième volume consacré à la Réforme et à la Contre-Réforme (à propos du Traité des Energumènes de Bérulle et de l'affaire de Loudun).
Le cas de Mme Piper étudié par W. James, Hodgson, Myers et d'autres, montre des "troubles respiratoires et des contractions musculaires prononcées". Il conviendrait aussi de s'attarder sur les expériences " d'envahissement par être spirituel " qui ne serait pas démoniaque ou neutre mais d'origine mystique positive : notamment les extases religieuses et les phénomènes psychophysiologiques (Joyeux, 1985) ou parapsychologiques qui les accompagnent.
Ce ne sont pas des constructions hasardeuses qui nous convient à de tels rapprochements; le curé d'Eishhoffen lui-même, malgré la dichotomie rigoureuse que sa foi met entre faits célestes et infernaux, déclare "lorsque le diable parle par la bouche de l'enfant, c'est comme si le possédé était en extase; il est couché comme un cadavre" (Sutter, 1921).
Donnars a insisté sur la profonde parenté de ces divers états et insisté sur les possibilités d'utilisation positive de la transe qui permettrait, non seulement de se "laisser chevaucher par les esprits", mais encore de s'en "déparasiter", de se libérer de leur emprise et de la pathologie qui en manifeste l'inflexible rigueur, l'automatisme fatal de répétition insensée.
Cette utilisation ne peut être positive en tous les cas : la transe conduit à la psychose médiumnique, avec délire et hallucinations, certains hommes "de bonne volonté" tel Ludwig Staudenmaier (cité par Mischo, 1975). Des communautés entières, derrière leur chef spirituel, peuvent s'entraîner à dépister et traiter les possessions qu'elles ont induites elles-mêmes, fut-ce par des moyens peu orthodoxes. La possédée "source", celle autour de qui se cristallisa ce phénomène collectif faisait entendre des "voix de ténèbres" tout à fait irréligieuses et démoniaques. A quoi s'opposaient les "voix de lumières", pleines de citations bibliques et de conseils toujours plus précis qui devaient mener à la "prière sexuelle" (avec ses conséquences vagissantes : les enfants de Satan)...
A Loudun autrefois, à Madagascar plus près de nous (Osterreich, 1927) et en tous temps ou lieux, le possédé, comme le bailleur ou le quaker, est père de multitude. Un en donne cent. Un film comme l'exorciste a eu sa responsabilité dans quelques cas de possession chez nos contemporains...
On a voulu attribuer ce fait à l'extrême suggestibilité du candidat à la possession : c'est prendre l'effet pour la cause. Cette suggestibilité augmentée surgit chez celui ou celle qui est déjà possédé. Il me parait plus raisonnable d'admettre qu'il s'agit d'un phénomène collectif, comparable à la cristallisation, tout comme bien d'autres phénomènes de masse (Auriol, 1990).
C'est ce qui se produisit et se maintint en Grèce quand la plurielle Pythie rendait ses oracles. On s'est étonné qu'on ait toujours trouvé, dans la région de Delphes et en nombre, des femmes capables d'un tel "souffle d'enthousiasme" qu'elles devinssent télépathes, clairvoyantes, prophétesses...
Une époque, quelle qu'elle soit, mûre pour les manifestations mystiques voit se lever, parce qu'elle les suscite de par sa structure même, toutes sortes de manifestations spirituelles : la sibylle vaticine à Cumes, les saints italiens font des miracles, les tables tournent chez sa Gracieuse Majesté, les démons de P. ensorcellent les tomates...
On définit le trouble " personnalité multiple " par la coexistence, chez un même individu de deux ou plusieurs états de personnalités distincts qu'ils aient une mémoire propre, des modalités comportementales spécifiques et leurs propres styles de relation sociale ou qu'ils partagent une partie de ces différents items.
Ecoutons le Père Surin dans sa déposition : " Je ne saurais vous expliquer ce qui se passe en moi pendant ce temps et comment cet esprit s'unit avec le mien sans lui ôter la connaissance ni la liberté, en faisant néanmoins comme un autre moi-même et comme si j'avais deux âmes dont l'une est dépossédée de son corps et de l'usage de ses organes et se tient à quatre en voyant faire celle qui s'y est introduite. Les deux esprits se combattent dans un même champ qui est le corps, et l'âme est comme partagée; selon une partie de soi, elle est le sujet des impressions diaboliques, et, selon l'autre, des mouvements qui lui sont propres et que Dieu lui donne ". Ce type de trouble commence à s'installer dès l'enfance mais n'est, le plus souvent, remarqué par les cliniciens que beaucoup plus tard; il s'agit presque toujours de filles (60 à 90 %). La littérature psychiatrique fait état de plus de six cents cas de personnalité multiple (Mischo, 1975).
Chez l'adulte, il peut exister jusqu'à " cent personnalités ou états de personnalité " distincts ("légion" comme disait Jésus ?). Le passage d'une personnalité à une autre est généralement brusque (quelques minutes). La transition est sous la dépendance du contexte relationnel. Les transitions " peuvent survenir également lorsqu'il y a conflit entre les différentes personnalités ou lorsque ces dernières ont mis au point un plan commun ". Ces transitions peuvent aussi être suggérées (notamment sous hypnose). Les psychiatres prennent plus ou moins en considération la réalité des " personnalités " ainsi différenciées. On cite un thérapeute qui fut condamné pour avoir exigé des honoraires très importants pour le traitement d'un tel patient, sous la référence " thérapie de groupe " !
Les personnalités peuvent être diamétralement opposées dans leurs caractéristiques et différer même quant aux tests psychologiques et physiologiques: elles peuvent nécessiter par exemple des verres correcteurs différents, répondre de manière différente au même traitement et avoir des QI différents.
Habituellement, les différentes personnalités prétendent avoir leur propre nom; les prénoms ont souvent un sens symbolique ou sont remplacés par un qualificatif "le protecteur" ou un rôle "l'empereur".
On décrit l'existence de complications éventuelles, telles que suicide, automutilation, agression, viol, toxicomanie, etc...
Certains auteurs prétendent que, dans la quasi totalité des cas étudiés, il y aurait eu un abus sexuel ou une autre forme de traumatisme émotionnel sévère dans l'enfance.
L'idée de possession, énoncée par la personne malade ou/et son entourage, dépend beaucoup du contexte culturel qui y donne prise ou non.
Le sujet, qui peut être un(e) enfant ou une personne faible (physiquement ou mentalement) est parfois "déclaré possédé(e)" par son entourage ou les représentants "bien intentionnés" d'un groupe religieux. Ceci en raison d'infirmités quelconques ou d'un comportement inhabituel de la part de la victime. C'est le cas de Victoria Climbie dont l'énurésie conduisit sa mère adoptive à la frapper, puis le compagnon de celle-ci à la frapper et la violer, sans réaction appropriée des services sociaux ou des hopitaux. Puis ce fut l'idée de possession énoncée par deux pasteurs successifs, appartenant à deux églises baptistes distinctes. L'intervention du deuxième pasteur consista surtout à jeuner pour elle. A quoi les "parents" ajoutèrent un jeûne complet (sans boire) qui aboutit au décès de l'enfant à l'hopital, alors que sa température était déscendue autour de 28° Celsius. |
Il s'agissait de possession diabolique dans la France du Roi Soleil mais aujourd'hui ce n'est plus forcément le cas, même en Inde (Adityanjee, 1989)...
La Schizophrénie peut aboutir elle aussi au sentiment d'être possédé. Dans ce cas l'entourage discerne plus facilement qu'il s'agit d'un trouble de la personnalité et non d'un phénomène mystique. Le DSM-III-R précise " il peut être difficile de différencier les croyances ou expériences de membres de groupes religieux ou d'autres sous-groupes culturels, des idées délirantes ou des hallucinations. Quand ces expériences sont partagées et acceptées par le groupe sub-culturel, on ne doit pas les considérer comme des manifestations de psychose. "
Sudre (1978) forge le terme de "prosopopèse" pour désigner la "faculté de l'esprit humain à créer des noyaux de personnalité autonomes".
Traditionnellement, chacune, y compris le moi "normal", est une entité individuelle, une substance spirituelle. Elles n'ont alors en commun que le corps envisagé comme un instrument, un domaine, un royaume dont elles peuvent tour à tour se rendre maître ou dont elles peuvent se disputer la souveraineté. Cette optique est proche de celle de Descartes qui invente le truchement des esprits animaux pour mettre en relation l'âme et le corps. Ces esprits animaux devenant ici des outils qu'on se dispute. La question se complique du fait que, dans la théologie occidentale, la tentation n'est pas une simple occasion externe qui ferait trébucher - ou tenterait de le faire - l'âme pure. La tentation est à l'oeuvre dans l'âme elle même du fait de la première chute en l'éden qui par une solidarité spirituelle assez peu explicable (péché originel) imprègne tout humain de la concupiscence. Plus : cette tentation se redouble des assauts de Satan au plus intime de l'âme. Qu'on peut vendre au diable ! ... Le pécheur invétéré, qui adhère ainsi aux forces du mal, est-il moins possédé que le Père Surin rendant grâce à Dieu de ce que l'emprise satanique dont il était victime soit à sa plus grande gloire !?
si on accepte l'idée que les personnalités multiples le sont d'un seul sujet et nous livrent de son être une apparence kaléidoscopique, se pose la question du mécanisme de cette division.
Les topiques freudiennes nous ont proposé un premier clivage opposant le conscient et l'inconscient. On pourrait pencher à dire que le premier étant le fait d'une présence diurne conviviale, le second ayant à se contenter de tous les rogatons finirait parfois par dresser le drapeau rouge et noir et, mettant à bas ce qui était en haut, tiendrait pour quelques temps et jusqu'à plus ample exorcisme, le haut du pavé...
Il y a là sans doute quelque élément de vérité : le démon dit et fait tout ce que la bienséance réprouve; il transgresse nombre d'interdits, y compris les plus infantiles : tirer la langue, dire des gros mots, insulter la religion et la morale, etc...
Reste le problème du fait que le diable s'interdit lui-même certaines choses, s'exprime d'une manière tout à fait semblable à ce que pourrait faire le conscient d'un être plus impertinent que l'éducation donnée ne l'aurait promis. L'oubli qui succède à la crise ne retire pas la mémoire et les facultés qui se manifestent en elle. Le démon se présente réellement comme un autre moi.
Dans sa deuxième topique, Freud a proposé d'opposer au "moi" le "ça" et le "surmoi". Mais nous nous trouvons ici en présence de plusieurs "moi" se référant chacun à différentes parties du "ça" et à différentes parties du "surmoi"... Le moi se construit selon Freud (1887-1902) par une série " d'identifications " successives dont le fait " autorise peut-être un emploi littéral de l'expression : pluralité des personnes psychiques "...
Ceci nous conduit à souligner le caractère imaginaire du " moi " construit à partir du reflet dans le miroir de verre ou les mirettes de la mère (et de ses substituts ; Lacan, 1949). Rôle unifiant de l'image qui permet au sujet de synthétiser l'ensemble des perceptions qu'il a de soi, rôle discriminant qu'elle joue pour lui permettre de se distinguer du reste de l'environnement et bien souvent des images de signification contradictoire (je suis ceci et pas l'inverse : une petite fille modèle ou Sophie, mais pas les deux).
Mais, justement, les regards que notre environnement nous porte sont variés, bien souvent contradictoires ou orthogonaux. Le plus économique est sans doute d'introjecter les meilleurs aspects et de récuser ceux qui nous sont défavorables. Ainsi se constitue quelque(s) "moi(s)" sombre(s) dont on peut rapprocher " l'ombre " de Jung. Cependant la possession (de Socrate aux médiums) peut être celle d'un bon esprit, angélique... Avatars de l'idéal du moi dans ses diverses facettes.
Ceci suggère que le clivage multiple du moi est accessible à tout un chacun pourvu que les convictions régnantes, les circonstances sociales et les conditions physiologiques jouent en sa faveur. Certaines structures (névrotiques ou psychotiques) peuvent inciter certains sujets plus que d'autres à se lancer dans cette aventure.
Le Judaïsme et les démons
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L'Eglise catholique et la pratique de l'exorcisme aujourd'hui
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Le diable dans la BibleIl existe bien des allusions au diable ou aux démons dans l'ancien et surtout le nouveau testament Job 1:6-12
Jésus et le diable dans le Nouveau Testament
MATTHIEU (4, 1-24) Alors Jésus fut emmené par l`Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur, s`étant approché, lui dit: Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Jésus répondit: Il est écrit: L`homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple, et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui dit: Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit: Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m`adores. Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Alors le diable le laissa. Et voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient. (...) Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques; et il les guérissait. LUC (4, 1-41) Jésus, rempli du Saint Esprit, revint du Jourdain, et il fut conduit par l`Esprit dans le désert, où il fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, après qu`ils furent écoulés, il eut faim. Le diable lui dit: Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre qu`elle devienne du pain. Jésus lui répondit: Il est écrit: L`Homme ne vivra pas de pain seulement. Le diable, l`ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit: Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes; car elle m`a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Jésus lui répondit: Il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple, et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d`ici en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, Afin qu`ils te gardent; et: Ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui répondit: Il es dit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. Après l`avoir tenté de toutes ces manières, le diable s`éloigna de lui jusqu`à un moment favorable. (...) Il descendit à Capernaüm, ville de la Galilée; et il enseignait, le jour du sabbat. On était frappé de sa doctrine; car il parlait avec autorité. Il se trouva dans la synagogue un homme qui avait un esprit de démon impur, et qui s`écria d`une voix forte: Ah! qu`y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. Jésus le menaça, disant: Tais-toi, et sors de cet homme. Et le démon le jeta au milieu de l`assemblée, et sortit de lui, sans lui faire aucun mal. Tous furent saisis de stupeur, et ils se disaient les uns aux autres: Quelle est cette parole? il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent! (...) Des démons aussi sortirent de beaucoup de personnes, en criant et en disant: Tu es le Fils de Dieu. Mais il les menaçait et ne leur permettait pas de parler, parce qu`ils savaient qu`il était le Christ.
Matthieu 13:39 Matthieu 25:41 Luc 8:12 Jean 8:44 Jean 13:2 Actes 10:38 Actes 13:10 Ephésiens 4:27 Ephésiens 6:11 1 Timothée 3:6 1 Timothée 3:7 2 Timothée 2:26 Hébreux 2:14 Jacques 4:7 1 Pierre 5:8 1 Jean 3:8
Jude 1:9 Apocalypse 2:10 Apocalypse 12:9 Apocalypse 12:12 Apocalypse 20:2 Apocalypse 20:10
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De tous temps, les humains effrayés par les phénomènes de possession, de sorts, de séries malheureuses attribuées à des causes spirituelles, ont tenté de se prémunir de ces malheurs et de quelques autres.
Ils l'ont fait, non pas forcément par le moyen de l'éducation rationnelle, de l'hygiène psycho-sociale ou de l'approfondissement spirituel, mais bien souvent en faisant appel à des procédés symboliques dont on attend qu'ils fassent barrage aux mauvais esprits, aux tristes sorts, aux destins funestes,...
Ces moyens apotropaïques, ces talismans, ces gris-gris sont légion, comme les malheurs qu'ils ont en charge de nous éviter : main de Fatimah, fer à cheval, hibou crucifié, croix de fer, dévotions et signes religieux, etc...
L'amulette, le talisman se rencontrent partout, toujours, en tout lieu, en tout temps ; aucune forme religieuse, aucune civilisation, aucune société n'en est exempte.
L'amulette, ou porte-bonheur, ou encore fétiche, gris-gris protège des maladies, des dangers ou du mauvais sort :
Le rapide coup d'oeil que nous venons de jeter sur ces phénomènes nous permettent de proposer les hypothèses suivantes : Mis à part les considérations d'ordre dogmatique et le contexte éthique,
Les conclusions précédentes suggèrent d'utiliser au niveau du laboratoire, chez des volontaires sains, les déclencheurs physiologiques précités pour favoriser l'apparition des phénomènes à étudier...
Voir aussi : un exorcisme à l'hopital de Derby
Les films concernant l'exorcisme ou la possession (marqués d'un astérisque), relatifs au diable ou à la sorcellerie sont très nombreux et de valeur inégale. Ils permettraient pourtant, à être vus en enfilade, d'étaler la vision religieuse occidentale du mal personnifié. Soit que l'auteur suggère son existence, soit qu'il s'en moque où qu'il dénonce les errements "diaboliques" liés à ce type de croyance sociale.
La parapsychologie comme telle remplace dans l'Emprise les efforts que le clergé déploie en tant qu'Exorciste...
voir aussi :
Les
GhostBusters de la Psychiatrie,d'après The Lancet, 345, April
1, 1995, traduction du Dr Bernard Auriol
La "possession" est un phénomène profondément enraciné dans nombre de sociétés en voie de développement. Leurs natifs font d'ailleurs très rarement appel aux psychiatres occidentaux ! La possession est censée pallier à des conditions d'oppression. Elle joue un rôle reconnu dans la résolution des conflits personnels, et contribue à enrichir la façon de vivre. En aucune façon tous les cas de possession ne doivent être considérés comme fantasmatiques ou symptomatiques d'une maladie mentale.
Sorcellerie
et exorcisme en France, France-Culture, "Le Vif du sujet",
Mardi 29 Mai 2001
Quand sorcellerie et ethnologie se croisent en terres lointaines, cest avec intérêt, voire sympathie, que se trouve éclairé un rapport magique au monde. Quand il sagit de la France on a limpression que la chasse aux sorcières poursuit ses effets. Nul ne savoue sorcier, nul ne savoue encorcelé. Que ce soit à Paris ou dans les règions de France, de nombreuses personnes souffrantes, en proie à des phénomènes inexpliqués ont bien aujourdhui recours soit au sorcier - désenvoûteur, soit à lexorciste. Dans un cas comme dans lautre, le silence est la règle et le territoire interdit. Pour le Vif du Sujet, François Teste et Irène Omélianenko proposent une incursion dans ces deux territoires. Depuis les maléfices « ordinaires » jusquà la mise en uvre de phénomènes diaboliques, lesprit contemporain sy montre dans ses liens avec le désir de nuire et celui de guérir.
Avec notamment le témoignage de Dominique Camus, à la fois héritier de pouvoirs de sorcellerie et ethnologue ; Marie-Christine Pouchelle, chercheuse au CNRS ; Bernard Auriol, psychiatre ;
Mathieu Riboulet, écrivain ; Georges Morand, prêtre et exorciste ; Chantal Neel, médium ; Raoul Guix, prêtre ; René Laurentin, membre de lAcadémie Théologique Pontificale de Rome... et la présence en direct du Père Maurice Bellot, exorciste de la zone apostolique Île de France.