La superstition engendre ce qu'elle fait craindre

(La mortalité cardiaque croît le quatrième jour du mois chez les chinois et les japonais)

Compte Rendu en français par Dr Bernard Auriol

 


Il se peut qu'il y ait une base scientifique à la notion psychanalytique de prophétie qui s'accomplit par le fait qu'elle est dite.
(UCSD, La Jolla, British Medical Journal, 2001;323:1443-1446. )

La mort par infarctus cardiaque, parmi les américains d'origine chinoise ou japonaise est statistiquement accrue le quatre de chaque mois. Le chiffre quatre est considéré comme notre nombre treize : il porte malheur !

Nous voulions vérifier si un événement stressant augmentait la mortalité par accident cardiaque a expliqué le sociologue David P. Phillips au reporter de l'Agence Reuters. Nous avons retenu trois critères pour choisir l'événement à étudier :

  1. Il fallait que ce soit un événement de la vie réelle considéré comme stressant par un groupe de gens et pas par les autres
  2. Il fallait qu'il soit perçu comme dangereux sans l'être réellement d'un point de vue rationnel
  3. La qualité des services médicaux ne devait pas être modifiée lors de sa survenue


Les auteurs ont ainsi sélectionné une superstition répandue parmi les personnes de culture chinoise ou japonaise selon laquelle le nombre quatre peut faire mourir. L'association de ce nombre à la mort est liée au fait que la prononciation de ces deux mots (quatre et mort), en mandarin, cantonais ou japonais, est quasiment la même. C'est à cause de cette idée que les hopitaux extrême orientaux n'ont pas de quatrième étage ni de chambre numéro quatre. De même les restaurants évitent le quatre dans leur numéro de téléphone. Cette superstition aboutit aussi au refus de voyager le quatrième jour du mois, d'avoir une numéro minéralogique de voiture comportant un quatre ou encore refuser d'habiter au quatrième étage d'un immeuble.

Phillips et ses collaborateurs ont collecté les certificats de décés enregistrés entre Janvier 1973 et Décembre 1998, en ce qui concerne 209 908 Americains d'origine japonaise ou chinoise. Les données ont ensuite été comparées aux certificats de décés de 47 328 762 Américains blancs morts au cours de la même période.

La mortalité des asiatiques présentait un pic au quatre de chaque mois et la différence par rapport aux autres quantièmes était de l'ordre de 7 %. C'était surtout lié aux décés de patients présentant une affection cardiaque chronique ( 13% de mortalité en plus de ce qu'une distribution au hasard eut pu faire augurer ). Cet effet était encore plus marqué en Californie ( 27 % de plus que la moyenne ) surtout pour les patients hospitalisés ( 47 % ! ). Après le 4 du mois, on observe une chute de la mortalité. .

En revanche, les chercheurs n'ont pas retrouvé de "pic de mortalité " comparable parmi les blancs américains, même le 13. Mais, relèvent-ils, il n'existe aucun lien linguistique en anglais entre le 13 et un mot néfaste quelconque. L'origine du treize étant sans doute la sainte Cêne, ou le Christ et les douze apôtres étaient treize dont un (Jésus) mourut...

Les auteurs ont baptisé ce risque accru de mortalité, qu'ils attribuent à la peur, "Effet Baskerville" d'après le roman de Conan Doyle dans lequel la peur de chiens mythiques, éprouvée par un homme, le conduit à la mort.

L'explication sur cet effet de stress mortel, qualifié d'"effet Baskerville" par les auteurs, est éclairée par un livre d'Arthur Conan Doyle, père de Sherlock Holmes, "Le Chien des Baskerville". Conan Doyle y décrit comment un stress psychologique extrême - la terreur suscitée par la légende du terrifiant chien des Baskerville - provoque une crise cardiaque fatale chez un homme au coeur fragile, Charles Baskerville.

Cet effet Baskerville ne semble pas différent dans son principe d'un effet micro-sociologique ou psychologique bien documenté sous le nom d'effet Pygmalion ou d'effet Rosenthal.

Pierre Macias, utilisant <http://www.ulg.ac.be/pedaexpe/palcmducee/rappel/planexpe.html> , le décrit ainsi :

"Effet que la prédiction d’un évènement ou la croyance à sa venue, chez un sujet impliqué dans la situation, exerce sur la réalisation de la prédiction. L’expression effet oedipien de la prédiction est due à K. Popper (1957) : si l’oracle n’avait pas annoncé son destin tragique, Œdipe aurait connu son père et ne l’aurait donc pas tué. Le même phénomène a été baptisé Effet Rosenthal après la publication du livre de Rosenthal et Jacobson, "Pygmalion à l’école" (1968). Ils écrivent : "La prédiction faite par un individu A sur un individu B finit par se réaliser, que ce soit seulement dans l’esprit de A, ou - par un processus subtil et parfois inattendu - par une modification du comportement réel de B sous la pression des attentes de A." Rosenthal et Jacobson relatent, parmi beauocup d’autres, l’expérience suivante : on constitue deux groupes de rats génétiquement identiques. Au moment où on les remet aux étudiants chargés de les dresser, une remarque indique que le premier groupe est composé d’animaux particulièrement bien doués, alors que le second est de pauvre qualité. Les résultats du dressage confirment ce pronostic fantaisiste. Des expériences en milieu scolaire vont dans le même sens. Certaines conclusions expérimentales de Rosenthal sont vivement contestées. Il est cependant acquis que les attentes de l’éducateur peuvent exercer une influence considérable sur son comportement envers l’élève. En particulier, la nature et la fréquence des renforcements varient selon le préjugé favorable ou défavorable du professeur. En rigueur de termes, l’expression effet Rosentthal devrait être réservée au phénomène où l’anticipation de l’expérimentateur, due à une prophétie, modifie le comportement de celui-ci, de façon telle qu’il augmente la probabilité que l’événement se produise. C’est ce que Merton appelait la prophétie qui s’exauce." C'est aussi ce qu'on peut désigner comme "prédiction autoréalisatrice".

 

 

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1 Février 2005