Télépathie Spontanée et Transmission de Pensée expérimentale

Dr E.Osty

(in Revue Métapsychique, IMI, 4, Juillet-Août 1932, pp.233-256)

Extraits prélevés par Dr Bernard Auriol

(…) En 1922, Warcollier constitua un groupe de personnes (20 environ) se réunissant chaque samedi. Ce groupe, il le divisa en deux parties : les agents, les percipients, ces derniers choisis pour avoir eu des cas de télépathie spontanée.

 



 

Avec ce groupe, R.Warcollier a, pendant neuf années (1922-1931), procédé à une expérimentation extrêmement diversifiée dont le mérite, me semble-t-il, a moins été d’accumuler les faits démonstratifs de la transmission de pensée que de dégager certaines lois du processus psychologique du phénomène. (…) R. Warcollier n’a pas publié le pourcentage des réussites totales, des réussites partielles et des insuccès de toutes ces expériences » (…)

Gardner Murphy, Professeur de Psychologie à l’Université de Colombia (New-York) (…) employa 11 sujets, ayant eu plusieurs cas de télépathie spontanée, dont deux jugés par lui excellents. Sa technique fut celle ci : un ou deux « agents » essayaient, pendant une durée de temps allant jusqu’à 10 minutes, de projeter la représentation mentale soit d’une sensation (son entendu, chose regardée, objet touché, etc.) soit d’une idée, soit d’un état émotionnel, etc., qu’un ou plusieurs « percipients » placés au même moment dans un autre local, devaient recevoir et signaler. De son expérimentation patiente et consciencieuse, Murphy a conclu : « Le succès n’a pas dépassé le hasard. Les résultats après deux ans sont les mêmes qu’au début. Il est évident que nous ignorons le processus qui déclanche le phénomène de télépathie. » (…)

Murphy et Warcollier firent connaissance à Paris en 1923, et s’entendirent pour tenter, à travers l’Atlantique, avec leurs groupes respectifs, la transmission de pensée à grande distance. Ils y procédèrent en 1923, 1924 et 1925.

Les expériences se divisèrent en deux séries. Tantôt le groupe de New-York cherchait à envoyer par la pensée un « message » que le groupe de Paris devait recevoir ; tantôt c’était l’inverse. Il y eut 35 séances combinées, tantôt une fois par semaine, tantôt une fois par quinzaine, compte tenu, bien entendu, de la différence des heures. R. Warcollier a établi ainsi les résuktats :

 

Nombre d’expériences

Nombre de coincidences (réussites)

% de succès

De New-York à Paris

15

5

33.33

De Paris à New-York

20

5

25.00

Expériences de Murphy et Warcollier (1923-1925)

R. Warcollier a remarqué que les réussites que son groupe eut avec les percipients américains ne furent obtenues qu’avec ceux de ces percipients venus auparavant visiter le groupe de Paris.

Le compte rendu des expériences laisse, en vérité, le lecteur incertain. Les succès lui semblent des approximations, quelques uns, toutefois, impressionnants ; aucun résultat considéré comme succès ne représente une reproduction exacte de l’idée ou du dessin envoyés. (…)

Le 3 Mars 1924, Murphy réunit quarante « agents » au poste de TSF de Chicago. Les auditeurs furent priés d’écrire le « message » qui mentalement leur arriverait. Plus de 2000 réponses furent reçues. L’insuccès fut complet.

Pascal Forthuny reproduisit, en 1927, une expérience semblable, demandant par le poste d’émission de la Tour Eiffel que ses auditeurs s’efforçassent de capter la pensée qu’il allait émettre, et leur donnant des indications pour se trouver en bonne condition de réussir. Des centaines de personnes écrivirent ce qu’elles avaient « reçu ». Aucune n’avait saisi le « message mental ».

Le 16 Février 1927, le Dr Woolley, membre de la Society for Psychical Research de Londres, fit une expérience analogue par l’intermédiaire de la British Broadcasting Corporation (BBC). Sir Oliver Lodge, speaker occasionnel, instruisit les auditeurs de l’expérience tentée et de ses conditions. Puis un petit groupe « d’agents » s’occupa à émettre télépathiquement les impressions qu’ils avaient d’objets que successivement leur montrait, durant trois minutes le Dr Woolley.

24659 réponses furent reçues, apportant 150 succès partiels. On désira renouveler l’expérience, pour comparaison ; il y eut impossibilité de le faire, ce qui laissa l’évaluation des résultats sans conclusion.

(…)

Le Dr Soal entreprit alors de nouvelles expériences avec le lots des « percipients » qui avaient eu un apparent succès dans les expériences de Février. (…) une notice fut envoyée zux 150 personnes à succès partiels, leur demandant de consacrer une demi-heure chaque mercredi soir, chez eux, au moins durant trois mois, pour recueillir leurs impressions d’objets qui seraient montrés à un groupe « d’agents » réunis chaque semaine au siège de la SPR. Chaque personne qui accepta de coopérer reçut le 30 septembre une note d’instructions générales et, de plus, fut prévenue qu’elle ne connaitrait les résultats des expériences qu’à la fin de la série.

Une première série d’expériences s’effectua entre octobre 1927 et juillet 1928., destinée à préparer d’ultérieures expériences adaptées à l’évaluation statistique. 127 percipients y participèrent, ne connaissant pas les agents. A chaque séance fut envoyé un « message mental » de trois objets regardés chacun pendant dix minutes par les agants.

En septembre 1928, une deuxième série d’expériences, de plus grande ampleur, commença et se poursuivit pendant des mois.

Le Pr Huxley, co-expérimentateur du Pr Soal, fit, par téléphonie sans fil, un appel aux personnes désirant prendre part à l’expérience. 579 personnes offrirent leur concours, parmi lesquelles 364 disaient avoir été les sujets de certains faits parapsychiques spontanés (rêves prémonitoires, pressentiments, etc…).

Cette deuxième série d’expériences eut les mêmes conditions générales que la première, mais des conditions particulières nouvelles furent ajoutées dans le but d’établir des statistiques.

Aux messages mentaux de choses vues : objets, figures géométriques, chiffres, lettres de l’alphabet, cartes à jouer, etc. il y eut comlme contre partie, des manques voulus d’émissions de messages, cependant que les percipients croyaient que l’émission s’effectuait ; il y eut aussi, à titre d’essais témoins, des coups de stylet dans un dictionnaire pour comparer l’œuvre du pur hasard avec le nombre de réussites des percipients.

Cette longue enquête terminée, le Pr Soal, mathématicien, estima qu’il y avait lieu d’en évaluer mathématiquement les résultats. (…)

Conclusion : « Il s’est produit un certain nombre d’impressionnantes coincidences entre le « message mental » envoyé et celui dit reçu.. Mais le nombre de ces coincidences n’a pas dépassé celui que faisait attendre le calcul des probabilités. Ce qui oblige à dire que de notre expérience il n’est sorti aucune démonstration valable de la transmission de pensée. Si des sujets exceptionnels comme Mme Piper et Mme Léonard, ont, dans les si fréquents et si remarquables faits qu’elles ont produit, été, pour une plus ou moins grande part, des récepteurs de pensée, il y a un « abîme » entre eux et le commun des êtres humains ».

Les percepteurs de la pensée d’autrui

(…) [Le Dr Osty abonde dans l’idée que la télépathie est chez la plupart des gens un phénomène sporadique, soustrait à toute forme d’intention consciente. Il a cependant pu expérimenter avec un très petit nombre de sujets d’exception, capables de lire la pensée d’autrui, notamment celle de l’expérimentateur…]

1 – Sujets percepteurs de la pensée d’autrui en effort de représentation mentale

(…) Je n’ai rencontré qu’une seule personne (Mme Khal) apte à réaliser la détection de la pensée sélectionnée, et en représentation mentale, je veux dire : la détection de l’image mentale, de l’idée, etc. qu’on isole momentanément dans son esprit, et à laquelle on s’efforce d’être attentif afin que le sujet la perçoive. (…)

Entre Octobre 1927 et Mars 1928, j’ai fait avec Mme Khal, 11 séances de diapsychie (…).

A ces modes deprise de conscience de la pensée détectée, Mme Khal en ajoutait une autre d’une sorte dont j’ignorais la possibilité jusqu’alors : l’inscription par dermographisme rouge sur la peau, au lieu désigné par les expérimentateurs et sous leurs yeux, en grande lumière. Mots, dessins apparaissaient en lignes rouges, très apparentes, durant environ une minute. Cette façon d’exprimer la pensée d’autrui m’inté »ressa particulièrement par ce qu’elle comportait d’indications sur la commande mentale de fonctions de l’organisme à l’ordinaire soustraites à l’influence de la volonté [1] .

Dans chaque séance ou à peu près, il y eut des essais de transmission de pensée mentalement représentée, ou écrite, et, de la part du sujet : mise en œuvre, involontaire ou voulue, de tel ou tel mode d’expression finale de la pensée reçue.

Les 11 séances donnèrent lieu à 73 épreuves de transmission de la pensée,qui eurent 51 succès, 11 erreurs, 11 impuissances à détecter. Les succès sont à distinguer en 36 succès complets, le sujet ayant reproduit fidèlement la pensée transmise ; et en 15 succès incomplets, c’est à dire quand il ne fut reçu qu’une partie de la pensée transmise, mais toutefois nettement ; exemples : Emie au lieu d’Emilienne, Jentine au lieu d’Argentina [2] , etc

Dates

Nombre d’essais

Réussites

Impuissance à percevoir

Erreurs

totales

fragmentaires

29 Oct 1927

1

1

-

-

-

4 Nov 1927

1

1

-

-

-

7 Nov 1927

2

1

1

-

-

10 Nov 1927

5

2

1

2

-

17 Nov 1927

8

3

2

2

1

5 Janv 1928

7

3

3

1

-

22 Janv 1928

6

6

-

-

-

29 Janv 1928

12

8

1

1

2

6 Fév 1928

11

4

2

2

3

19 Fév 1928

6

-

-

3

3

20 Fév 1928

7

4

3

-

-

8 Mars 1928

7

3

2

-

2

Totaux

73

36

15

11

11

   

51

   

[ Expériences du Dr Osty avec Mme Khal ]

Partmi ces 73 transmissions de pensée à résultats variables, 20 s’exprimèrent dermographiquement, 11 de celles ci furent des succès complets ou quasi complets, 7 reproduisirent partiellement le mot, le dessin pensé, mais indiscutablement, 2 furent des inscriptions imprécises, inappréciables, vraisemblablement avortées. (…)

[description des séances, exemples, dessins, sur plusieurs pages puis discussion à propos de l’état de transe dans lequel se mettait Mme Khal pour les séances et discussion des mauvaises conditions de l’expérience Soal => ]

Le fait du « couple télépathique » est une réalité qui s’impose à tout instant de l’expérience. Mr Soal ne l’a pas constaté en raison des conditions de ses expériences, conditions qui furent les plus mauvaises qu’on puisse imaginer, (distance et agents et percipients ne se connaissant pas). Travaillant en meilleures conditions, Mr Warcollier s’en est tout de suite aperçu. (…)

(à suivre)

 

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Psychosonique Yogathérapie Psychanalyse & Psychothérapie Dynamique des groupes Eléments Personnels

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18 Mars 2002



[1] Voir Revue Métapsychique, 2, 1929.

[2] Un certain nombre de ces succès partiels durent vraisemblablement leur caractère d’incomplétude au fait que Mme Khal, russe, a une grande difficulté personnelle à apprendre le français. Elle ne connaît que les mots d’usage pratique et de première nécessité.