Dr Bernard Auriol
Conférence à plusieurs voix[1]
Organisée par le CIAM
La TRANSE qui pouvait aussi s'écrire avec un C (trance) est de la même famille que "transir". Ce verbe, au Moyen-âge signifie "partir, passer, s'écouler". Il vient du latin "transire" qui signifie exactement la même chose. A partir du V° siècle, il prend souvent le sens de "passer de vie à trépas": autrement dit, la transe, c'est avant tout le grand voyage[2]... "Entrer en transe" au sens d'un état psycho-physiologique spécial apparaît au XIV° siècle.
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L'état de transe n'est pas nouveau sous le soleil, on le décrit sous différents vocables et dans des contextes sociaux et religieux variés, à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Par exemple les Sibylles et les Pythies en sont des exemples grecs qui ont marqué notre culture. C'est un des très rares cas ou un élément du polythéisme grec a été importé jusque dans la liturgie catholique où il persiste encore aujourd'hui !
Le premier auteur à en avoir parlé est Héraclite d'Ephèse. Suivront Euripide, Aristophane, et Platon. D'après Lactance, Sibylla viendrait de "Sios Bolla" via "Dios Boulé" (conseil ou volonté de Dieu).
Les sibylles étaient le plus souvent vierges, au service d'un temple païen. Certains des oracles sibyllins avaient un caractère secret; par exemple le temple de Jupiter Capitolin avait obtenu de la sibylle d'Erythrée un millier de vers dont la connaissance était réservée à "quindecim vir sacris faciundis" (d'après Lactance, Divin. Institut. I,6. Brandt T.1 p.20-23).
On appelle "Oracles Sibyllins" un recueil de vers en 14 livres qui sont censés être tous produits par des femmes vaticinantes regroupées sous le nom générique de Sibylles en référence à la Sibylle de Delphes.
La première Sibylle était antérieure aux Pythies. Elle s'appelait Hérophilè d'après Pausanias (X, 12, 1).Ce n'est pas la même Hérophilè que la Sibylle d'Erythrée (Plutarque 401 B). Plutarque attribue aux oracles sibyllins (lunaires) moins de valeur qu'aux prophéties de la Pythie (solaires) (Plutarque, 398 C, p. 39).
Les sibylles n'étaient pas des exaltées comme les pythonisses, mais plutôt des inspirées à la manière des poètes, d'où l'imitation facile qu'en firent les juifs et les chrétiens. La plupart des 4230 hexamètres qui nous sont parvenus sont, pour la plupart, des pastiches destinés à accréditer l'idée selon laquelle les philosophes grecs (Héraclite, Pythagore, Platon) ne seraient que les disciples de Moïse. Les milieux judéo-chrétiens poursuivirent cette démarche des Juifs jusqu'à écrire eux-mêmes de nouveaux oracles sibyllins. Michel Ange a peint cinq des sibylles, sur dix recensées, à côté des sept prophètes de l'Ancien Testament.
L'oracle de Delphes dont Ovide parle à propos du déluge grec (métamorphose I, 320) s'appelait d'abord Thémis (la justice). Elle fut nommée "Pythie" en fonction de la mythologie qui montre la victoire d'Apollon sur le serpent python; ce serpent python symbolisait les énergies souterraines, les énergies de la terre. On a également traduit ce terme grec par "ergastrimythos" qui peut tout simplement signifier ventriloque, qui parle du ventre. En fait, il s'agit de la voix caverneuse caractéristique d'une certaine forme de transe qu'on retrouvera plus tard décrite dans la possession diabolique au sens chrétien. C'est une voix instinctive où dominent les sons graves. La Pythie faisait en même temps des mouvements bizarres et excessifs (Cf. Moreri : Pythonisse).
Il faut remarquer que le mot Python se rapproche du terme punthanomaï qui signifie interroger, consulter. En hébreu nous avons le terme 'ôB. Il s'agit d'un esprit qui fait parler le devin ou la devineresse (Cf. Ovide, Métamorphoses I, 438). Après avoir mâché des feuilles de laurier, symbole d'Apollon, la Pythie s'asseyait sur un trépied afin de ne pas tomber dans une crevasse d'où émanaient des vapeurs sulfureuses (peut-être psychotropes ?). Elle entrait alors en transe et donnait ses oracles en des termes incompréhensibles que les prêtres devaient expliciter tant ils étaient hermétiques. Il est frappant de constater le cousinage de cette pratique avec le parler en langues et l'explicitation du parler en langues qui font partie des charismes de la première communauté chrétienne.
n'admet que certaines pratiques de divination[3] et prévoit la lapidation (Lév. XX, 27) pour les spirites. Sont condamnées toutes formes de divinations et d'oracles assimilés à l'idolâtrie (Is. VIII, 4; Deut. XVIII, 9-12; I Samuel XXVIII; II Rois XXI, 6 et XXIII, 24; N.T. voir Act. XVI, 16-18).
Cette condamnation des pratiques pythonisses fait comprendre pourquoi les auteurs judéo-grecs et judéo-chrétiens qui voulaient appuyer leur foi en faisant de la littérature grecque une dépendance des écrits bibliques, écrivant des textes sibyllins, ne pouvaient leur donner le nom honni de Pythie. Ce nom était explicitement condamnable et faisait confusion avec les pratiques spirites.
Héraclite (cité par Plutarque in Présocratiques p. 167 XCII) "La Sibylle à la bouche délirante profère des mots sans sourire, sans fards et sans parfums, grâce à Dieu" et sa voix se fait entendre pendant mille ans. Le même auteur déclare aussi "le prince dont l'oracle est à Delphes ne parle pas, ne cache pas mais signifie".
Les oracles sibyllins sont écrits en hexamètres homériques, sans doute en référence à Cassandre, prototype de divination, capable de devancer l'avenir au niveau de la connaissance mais privée du pouvoir de convaincre et, par là, impuissante à modifier le cours des événements (Cf. Cassandre in Dictionnaire de Mythologie P.U.F).
Pour certains, la seule différence entre les Pythies et les Sibylles serait que les premières ont existé alors que les secondes auraient été créées de toutes pièces.
Chamanismes et arts préhistoriques.Vision critique
On se réjouit de voir la parution de cet ouvrage qui représente la réaction – fortement critique, ainsi que l’annonce sans ambages le sous-titre – des archéologues à l’interprétation chamanique des peintures préhistoriques du Paléolithique. Le volume est gros (335 pages denses), l’argumentation, toujours complexe,
et les critiques, parfois acerbes. Ajoutons qu’il n’est jamais aisé
de lire des polémiques parce que le lecteur doit maintenir en
tête les deux positions intellectuelles qui s’affrontent. Personnellement,
j’ai beaucoup aimé un petit article qui ne figure pas dans la
table des matières, mais que le lecteur trouvera aisément
parce qu’il est le seul (on ne sait pourquoi) qui soit imprimé
sur papier gris : c’est celui de Jean-Loïc Le Quellec. Il a de
plus l’avantage de ne faire que trois pages. La contestation est portée
(comme souvent dans ce livre, original à ce point de vue) directement
dans le camp de l’adversaire. En 1996, Jean Clottes et David Lewis-Williams
interprètent dans Les chamanes de la Préhistoire l’art
européen en fonction de données sud-africaines. Ils présentent
la thèse que l’art préhistorique européen se comprendrait
et s’interpréterait en fonction du chamanisme. Les chamanes de
la Préhistoire auraient eu des visions qu’ils auraient transposées
sur les parois de Lascaux et des autres grottes, après ou pendant
leur transe. Ainsi s’expliqueraient les animaux fantastiques (à
vrai dire assez rares dans les peintures du Paléolithique), les
thérianthropes (créatures à moitié animale
et à moitié humaine), ainsi que divers signes plus abstraits
et sur la signification desquels les archéologues restent divisés.
L’argument central s’appuie sur un parallèle avec la réalité
sud-africaine. D’une part, les peuples censés être les
auteurs des peintures nombreuses de cette région d’Afrique, les
San (anciennement appelés Bochimans et qui vivent traditionnellement
de chasse et de cueillette) ont effectivement des guérisseurs
qui entrent en transe et présentent beaucoup de ressemblance
avec ce que l’on appelle depuis toujours des « chamanes »
en Sibérie. Or J.-L. Le Quellec conteste cette interprétation.
Selon une nouvelle enquête auprès des San, ceux-ci déclarèrent
que ce n’étaient nullement des chamanes, mais simplement que
dans les temps primordiaux, « les hommes et les élands
étaient semblables » : à l’origine, les hommes furent
créés « comme les animaux, avec des poils, des sabots,
des cornes, une queue ». D'après => Pour la Science, N° 355 - mai 2007 |
La Transe Lucide en chorésophie : une démonstration de Michel Raji basée sur le soufisme et la danse contemporaine.
Le CO2 est diminué et l'O2 augmenté par l'hyperventilation qui est un procédé fréquemment utilisé pour favoriser le voyage. Ces caractéristiques conduisent à une alcalose respiratoire, suivie par une acidose métabolique (H+ augmenté). Il se pourrait que le tout s'accompagne d'une vaso-constriction cérébrale avec hypoxie cérébrale secondaire... Une telle hypoxie est mieux tolérée par les parties du cerveau les plus anciennes qui sont aussi les plus émotionnelles, les plus instinctives...
On serait alors assez proche des conditions métaboliques foetales. En effet il existe un gradient des pressions d'O2 et de CO2 entre le sang maternel et celui de son bébé. Ceci conduit à une concentration de ces gaz déviée dans le sens inverse de celui que nous devons à l' hyperpnée, avec pourtant, des effets très voisins quant aux relations cortex / sous-cortex. Il convient de remarquer en effet que le cortex reste immature avant la naissance alors qu'une bonne partie du sous cortex sera fonctionnelle. C'est dire que les cerveaux de Mac Lean les plus primitifs seront en marche.
L'initié se livre à toutes sortes d'exercices utilisant la danse, les rythmes, les contorsions, les balancements, les mouvements rapides ou rotatifs de la tête et du cou, la révulsion des yeux, etc... Ces exercices surexcitent l'organe vestibulaire et cette surcharge excitatoire précise semble d'une extrême efficacité pour produire la transe.
Nous pouvons rapprocher cette constatation de celle qui voit dans les structures nerveuses chargées de l'équilibration et de la gestion spatio-temporelle, des formations extrêmement primitives du point de vue phylogénétique, ontogénétique et psycho-dynamique. Leur maturation et leur éducation émotionnelle se structurent essentiellement avant le moment de la naissance : le bébé est bercé par les mouvements de la respiration et de la marche maternels, il entend sans cesse le rythme envoûtant du coeur maternel, il a pour tâche de se laisser porter et de limiter sa gestualité à une accommodation de confort par rapport au nid qui l'héberge.
Dans le monde occidental, il s'agit de Satan, d'un Démon ou du Diable qui est censé s'être emparé de certaines des ressources physiques et /ou mentales d'un individu pour le contraindre à des actes auxquels il n'adhère généralement pas, dont il ne se souviendra pas et qu'il réprouve dans son état normal. On ajoute que la nature du phénomène exige pour se départager de la pathologie la production de phénomènes d'ordre preternaturel (nous dirions parapsychiques).
Ce nom hébreu est proche parent étymologique de "haïr, détester, rancune, accuser, incriminer, adversaire, fauteur d'obstacles et de difficultés, accusation, diffamation, calomnie"...
En arabe, la racine "shitan" nous renvoie "démon, diable, malin, méchant, rebelle, indocile, Satan, être tenté, muse poétique, diablesse, diablerie, méchanceté, être turbulent, faire les quatre cents coups"...
Ce mot se différencie assez nettement de la racine DJN qui nous a donné les "génies" des Mille et Une Nuits. Les Djinns sont du monde des ombres et du conte, ils ne sont pas loin de l'hallucination, du délire, de la démence. On y rattache les mots signifiants : "énergumène, forcené, fou, lunatique, maniaque, possédé, idée extravagante, musique frénétique, hurlements insensés, aimer à la folie, fureur, frénésie, passion..." Le mot "diable" se rapproche très facilement de "Satan" puisqu'il signifie en grec "celui qui désunit, qui inspire la haine, l'envie, la calomnie, aversion, inimitié, opposition, accusation"... (de "dia" = "en divisant complètement" et de "bolos" = "jeter, mettre" ; "dia" est apparenté ou dérivé de "dis" = "double", "douter", "à double sens". L'origine est en sanskrit "dva-; dvi-" qui a le même sens. Une racine voisine "dvis..-" signifie la division des esprits : « détester, haïr ». L'étymologie suggère donc « celui qui jette la division absolue, qui établit le doute et la haine »...
Le mot "démon" vient du grec "daimôn" dont il serait sans doute imprudent de faire un simple mot composé de deux particules interrogatives "dai" et "môn" ce qui signifierai alors "Est-ce que donc ?" ou "mais qu'est-ce donc ?" et marquerait le mystère du monde des dieux et des esprits: en effet "daimôn" signifie avant tout "divinité" et par dérivation "destin, sort, infortune, malheur, dieux inférieurs, mauvais esprits, fantômes, génie personnel"....
Etre possédé par Satan, le Diable ou le Démon, revient à incarner la pomme de discorde, à représenter les haines, les conflits, les désaccords du groupe... Incarner cette Discorde (Eris) soit de son propre point de vue (se croire possédé), soit du point de vue du groupe social ("il est possédé"), soit des deux...
Cette étymologie fait du possédé une sorte de bouc émissaire porteur des "péchés" (les conflits) du peuple : les remarques de Girard (1972) pourraient peut-être nous être de quelque secours à ce sujet...
Porteur des péchés mais doté de pouvoirs, tel Joseph lecteur des songes et de leurs prédictions (Auriol, 1973) ou les pharaons et les rois africains, tenus à pratiquer l'inceste et de la sorte "extraits" de la masse soumise au tabou...
Dans ce cas, on pourrait mettre en évidence la présence du démon et son empire sur le corps du possédé. On distingue un état de CALME et un état de CRISE.
L'état de CRISE se traduit par des contorsions, des éclats de rage, des paroles impies et blasphématoires (L'Exorciste, 1973). Le patient entre en transe, perdant tout contrôle et, le plus souvent toute conscience mémorisable de ce qui se passe en lui(sauf exception : celle du Père Surin par exemple ; cf. Mère Jeanne des Anges, 1961; Les Diables, 1971) ...
Pendant la période de calme, tout est généralement oublié et le comportement redevient bien adapté, voire très pieux. A moins que ne subsiste quelque infirmité "qui déroute toutes les ressources de l'art médical" (Tanquerey, 1924)...
Selon les théologiens, il existe des SIGNES, permettant de porter le diagnostic de possession: le Rituel Romain énonce trois symptômes essentiels (parmi d'autres qui auraient une valeur analogue): parler ou comprendre une langue inconnue, découvrir les choses éloignées et secrètes, faire montre de forces inexplicables par l'habitus physique de la personne.
Mis à part la signification théologique particulière et les éventuels phénomènes parapsychiques associés, la crise de possession ne se distingue pas d'une crise d'hystérie au sens de Charcot ou des phénomènes de spasmophilie ou états de rebirth que nous rencontrons aujourd'hui. On peut aussi la rapprocher de la maladie des tics de Gilles de La Tourette...
Frobenius pense, à tort, qu'il s'agit d'épilepsie. Osterreich le conteste mais accorde qu'il pourrait s'agir d'une "imitation par suggestion" de ces crises. Cette hypothèse ne parait pas nécessaire : l'état de crise produit par l'hyperpnée ou la danse (transeterpsichorethérapie de David Akstein, 1965) est reproductible indépendamment de la suggestion ou de la vision préalable d'une crise d'épilepsie.
On peut être possédé du démon ou nouer un mariage mystique avec Dieu. Le saint peut, lui aussi, devenir prophète, thaumaturge, accomplir toutes sortes de prodiges...
Dans les civilisations non européennes, la possession par un bon esprit fait pendant à la contrainte des démons.
Jacques Donnars réunit, avec juste raison, l'ensemble des états de possession, extase, etc... sous le terme générique de TRANSE qu'il définit "comme une manifestation corporelle qui traverse la plupart du temps, avec une certaine brutalité, la vie comportementale d'un sujet et semble, pour l'observateur du dehors, arrêter la façon dont la conscience du sujet le mettait en rapport avec son entourage et avec lui-même, manifestation sans lésion neurologique résiduelle."
La transe résulte de certaines pratiques collectives mettant en jeu un ou plusieurs des éléments suivants :
Il existe six types de transe qu'on pourrait rapprocher des différents caractères exhibés par différents démons ou esprits évoqués par le biais des verres et des tables tournantes.
Ces types sont les suivants : comique, tragique, amer, furieux, érotique et mystique.
La transe est bien proche des états de somnambulisme artificiel et du somnambulisme tout court, dont on a montré les liens très importants qui l'attachent à la "personnalité hystérique[4] ».
C'est l'un des trois critères retenus par le Rituel Romain pour affirmer l'existence d'une possession. Ce "don des langues" existe aussi chez les âmes proches de Dieu au sein d'une assemblée charismatique, mais cette ambiguïté ne trouble personne : le caractère extraordinaire de cette capacité de connaître une langue inconnue est porté à l'actif du surnaturel; le contexte permettra de savoir s'il s'agit de Dieu ou du Diable.
Le caractère parapsychique de ce don soudain est loin d'être facilement démontrable. Le contexte général du phénomène tend à susciter un préjugé de merveilleux, le même qui entoure la littérature hagiographique et qui pourraient intervenir dans la transformation évhémériste de certaines anecdotes mythologiques.
C'est ainsi que le "latin de coquin" du possédé de P., plein d'erreurs syntaxiques et orthographiques passe pour une production infernale digne de Sénèque ! Par ailleurs l'absence de contact du possédé avec la langue qu'il produit n'est généralement pas assuré; il est même le plus souvent fort suspect, tel ce cas cité par Ambroise Paré (1841): "Le troisième mois, l'on descouvrit que c'estait un diable qui estait auteur de ce mal, lequel se déclara luy-mesme, parlant par la bouche du malade du grec et du latin à foison, encore que le dist malade ne sceust rien en grec. Il descouvrit le secret de ceux qui estaient là présents, et principalement des médecins, se mocquant d'eux pour ce qu'avecque des médecines inutiles ils avaient presque fait mourir le malade."
Elle est souvent citée comme une preuve de "surhumanité" chez le possédé. Le "forgeron / exorciste" éthiopien dit à la possédée "lève cette pierre !" (c'était une très grande pierre qu'elle n'aurait pas pu remuer dans son état naturel; mais elle la mit facilement sur sa tête et tourna en rond comme une roue jusqu'à ce que la pierre tombât d'un côté et elle de l'autre) (selon Waldmeier cité par Oesterreich, 1927).
Dans l'affaire de Palaja, le curé de la paroisse et d'autres témoins rapportent qu'une croix métallique très solide, implantée sur la place du village, a été un matin retrouvée tordue de manière impressionnante : ce qui ne saurait être que l'oeuvre du démon, puisque personne n'a pu la redresser; si ce n'est à l'aide d'un tracteur... La torsion s'étant produite sans témoin, il est bien risqué d'écarter l'idée d'une supercherie ou, plus vraisemblablement d'une aide ironique au démon par quelque jeune agriculteur des environs, amusé par les rumeurs et les frayeurs régnantes Les moyens utilisés appartenant alors au domaine très naturel des palans, cordes, engins agricoles, etc....
Les cas de "force surhumaine" peuvent cependant s'attester, y compris dans le monde "normal" de la névrose, de l'enthousiasme, de la colère ou de l'amour. Une violente émotion peut conduire un être de musculature peu exercée à développer pour une courte période une force étonnante; telle cette patiente "fragile" pourtant qui, sous nos yeux, détruisit de ses mains un cendrier solidement vissé au mur...
Pour les Messaliens, la prière perpétuelle aboutit à l'extase et aux trépidations et danses, qui ne sont pas vues là comme précurseurs de lévitation ("sauts de grenouille" de l'aire indo-tibétaine), mais comme façons de "piétiner le diable".
La lévitation existe aussi chez les "possédés" de Dieu, les saints: Tel le Curé d'Ars, s'élevant pendant qu'il prêchait, ou Thérèse d'Avila au cours de ses extases.
Le phénomène est revendiqué aujourd'hui par les sectateurs de Maharishi qui expérimentent le "flying" ou "vol yogique". Leur espoir de se stabiliser en l'air, en dépit des lois de la pesanteur n'a reçu, à ce jour, aucune confirmation expériencielle. Ils sont au moins capables d'accéder aux "sauts de grenouille" dont la tradition indienne fait la première étape de la lévitation. Les performances sont parfois étonnantes et font régulièrement l'objet d' "olympiades de la conscience" mettant en compétition les plus performants d'entre les siddhas.
L'accession à ces prouesses nécessite une pratique assidue de la méditation et de l'état de "veille paradoxale". Les effets musculaires de ces pratiques sont parfois violents : on assiste comme chez les "quakers" à des mouvements saccadés, des secousses myocloniques, l'émission d'expressions émotionnelles en accord avec les représentations inconscientes du sujet (rires, cris, larmes, etc). Les désirs sexuels peuvent, à certains moments, se développer, engendrer une sorte d'hyperesthésie et de douceur érotico-mystique, aboutir à des remaniements relationnels. Ces faits sont peut-être à l'origine des interdictions de promiscuité entre hommes et femmes dans les synagogues, les églises, les mosquées et les temples bouddhistes.
La lévitation n'est qu'une des formes de la psycho-kinèse. On décrit chez les "possédés" toutes sortes de phénomènes de ce type allant jusqu'à "ébranler la maison comme un tremblement de terre"... En l'absence d'observation mesurée, on peut supposer qu'au moins dans une forte proportion des cas ces effets sont hallucinés par les observateurs dont l'implication, en ce type d'événements à signification collective, ne peut-être évitée (Auriol, 1990)...
Il est même envisageable qu'ils soient eux-mêmes, individuellement ou collectivement, auteurs inconscients des effets qu'ils observent, soit par les voies courantes de l'acte-manqué / réussi, de l'illusion perceptive, de l'interprétation à centration systématique, etc...
Le pacte avec le diable est censé faire gagner de la richesse en échange du salut éternel... Dans certains cas, plus qu'une réussite inespérée, la création pure et simple de billets de banque serait le fruit de la transaction (K.Koch, 1972)... Le fait semble défier trop outrancièrement les lois de la physique et parait trop mal attesté pour que nous y accordions beaucoup de crédit... L'appât du gain allié à la sorcellerie produit plus facilement de vieux papiers journaux[5] que des espèces sonnantes et trébuchantes...
Moréri attribue aux Trembleurs (Georges Fox, 1652), Anabaptistes, Messaliens, et autres Enthousiastes (Gaspard Suvenke-Feldius, 1527) d'être possédés du démon. C'est ce dernier qui agirait lorsque, se réunissant en pieuse assemblée, silencieux et immobiles, l'une ou l'un d'eux se dresse, élevant la voix pour faire connaître l'inspiration divine dont il se sent tout à coup le truchement (Quakers). Le pieux abbé n'avait pas prévu que nous verrions, bénits par l'Eglise, surgir les "charismatiques" qui n'agissent pas autrement si ce n'est leur humble soumission à la hiérarchie...
Le "diable" d'Illfurt "disait aux visiteurs à brûle pourpoint leurs méfaits passés, leur reprochait les péchés les plus secrets". "Bien plus, il prédisait parfois des jours, des semaines à l'avance ce qui allait arriver, et la réalisation exacte de ses prédictions mettait tout le monde dans l'étonnement."
Il multiplie les révélations historiques ou prophétiques, décrit des événements éloignés au moment o| ils se produisent.
Mais, tout comme cette voyante égarée qui demandait aux gens son chemin, le "diable" se trompe parfois ou avoue son ignorance ! " - Quel est leur nom ? - Canisi. L'autre il me dégoûte. Je ne sais pas son nom (Mr Martinot)."
Démon en deçà des Pyrénées, ange au-delà ?
Le démon l'est du point de vue de la dogmatique et même des choix politiques du milieu qui le fait venir au jour. A Illfurt, comme la sociologie bien-pensante le voulait alors, le diable est favorable aux Protestants, aux Juifs et surtout aux francs-maçons, adversaire de Napoléon III qui entretient de bonnes relations avec le Pape... Il est aussi très en faveur du bal, de l'Ivrognerie et de la République, etc...
Il peut étaler un comportement réprouvé en quelque manière par l'entourage, actuel ou ancien... Ainsi d'employer des mots orduriers, scatologiques, de tirer la langue, faire des gestes obscènes, etc...
Tout aussi puissante que l'amnésie infantile ou celle du rêve des nuits-sans-rêve, l'amnésie de la possession est fréquente, sinon constante. Elle peut-être, chez le possédé, levée par les mêmes procédés : hypnose, association libre, surprise signifiante, etc...
Son mécanisme peut se distribuer selon différents axes émargeant au discours psychanalytique : forclusion, refoulement, déni et parfois simulation.
Elle peut s'adosser à la rationalisation qui fournit au moi conscient et à l'entourage une explication plausible de certains phénomènes (cf. le spectateur de music-hall qui a reçu la suggestion post-hypnotique d'ouvrir son parapluie : il le fait et, oublieux de l'ordre qu'il a reçu, s'explique en disant que c'est seulement pour essayer son fonctionnement....).
Selon la Théologie, la différence se fera sur la présence ou non, des caractères précédents qui, pour nous, ont tous une valeur parapsychologique. C'est donc prétendre implicitement qu'on ne peut être, à la fois, névrosé et "sujetpsi"...
Autrement dit, pour les théologiens, le diagnostic différentiel entre maladie mentale et possession diabolique, ne se fait que sur l'existence de phénomènes paranormaux.
Si l'on admet, au contraire, que les phénomènes parapsychologiques échappent au domaine du préternaturel et concernent simplement le champ scientifique, tout critère disparaît, pour différencier la possession d'une forme appropriée de trouble psycho-pathologique.
Du point de vue non-théologique du parapsychologue, les phénomènes particuliers qui orchestrent la possession ou la sainteté et semblent échapper à l'analyse scientifique courante, sont pourtant de son domaine PAR L'HYPOTHESE CONSTITUTIVE DE LA PARAPSYCHOLOGIE...
Il n'en reste pas moins utile de considérer les "remèdes" proposés par l'Eglise, d'autant, qu'au-delà de nos frontières culturelles - qui d'ailleurs s'effondrent - des remèdes semblables sont largement utilisés et font chaque jour la preuve de leur efficacité; au point d'avoir entraîné la conviction des psychiatres occidentaux (N'DOEP, Sandoz). Les Catholiques proposent : - la confession générale (relative à l'ensemble de la vie passée) - le jeûne, la prière, la communion - les objets bénits et surtout l'eau bénite (dont le rituel dit qu'elle "chasse le démon" mieux à son aise dans les flammes de l'enfer) - l'exorcisme qui consiste - au nom du Christ - à intimer au démon l'ordre d'AVOUER SON NOM puis de quitter le possédé.
Ces remèdes, ainsi que quelques autres utilisés par les rabbins, les marabouts ou les exorcistes japonais, ne sont remèdes qu'à moitié.
En ce sens qu'ils peuvent parfois induire le phénomène dont on prétend se rendre maître (Oesterreich, 1927). Le symptôme "possession" est substitué à d'autres formes de malaise, puis est attaqué par les représentants de l'ordre religieux. On peut voir là une forme de thérapie, conduisant à une évolution de l'individu et du groupe qui le soutient ou s'insurger contre l'obscurantisme que ces pratiques supposent. C'est tout le débat de l' ethno-psychiatrie dont on se fait gloire au Sénégal (N'Doep, Sandoz) et qu'on repousse avec honte en Algérie (Ben Miloud, comm.pers., 1975).
Myers constate que les "centres cérébraux supraliminaux peuvent être accaparés par le moi subliminal" qui apparaît alors en forme de "quasi-personnalité"...
Il remarque la nécessité d'une désertion préalable du "moi supra liminal" pour que la substitution s'opère au mieux (surtout s'il y a amnésie de la crise).
Pour lui, la possession diabolique n'existe pas; mais alors, "est-il possible que le tourmenteur fût réellement une fraction du tourmenté" ? Bien sûr, comme en témoigne l'hystérie... Il cite à ce propos le cas de Léonie (Janet).
Les diables possesseurs, fussent-ils chinois, manifestent parfois des connaissances supra-normales (Nevius) qu'on peut aisément ramener à de la télépathie ou à l'hypermnésie. Myers croit aux fantômes et les possessions dont il fait état s'expliquent (nous sommes en plein spiritisme), par l'intervention d'"esprits désincarnés", tout comme au Moyen Age, il ne pouvait s'agir que du diable. Notons la complaisance du phénomène, dans tous ses détails, avec les croyances régnantes ou les théories à la mode. Dans un deuxième mouvement, ces théories reçoivent confirmation de ce qu'elles semblent pourtant avoir produit : les esprits prouvent le spiritisme et les démons témoignent de la foi médiévale.
Tertullien comme Saint Hippolyte déclarent que le "corrupteur du genre humain a coutume de marquer les siens pour les reconnaître"; il le fait au niveau de leur corps, tout comme le Créateur marque l'âme des siens par le baptême Les marques du diable, pour l'Eglise du Moyen Age, ne se limitaient pas aux trois signes aujourd'hui mentionnés par le Rituel Romain; on donnait même la préséance à d'autres symptômes tels que la lévitation et surtout des zones d'anesthésie, des points du corps anormalement insensibles.
Soeur Jeanne des Anges, la célèbre possédée de Loudun, se plaignait sans cesse de fourmillements. Elle avait "la moitié du corps tout grillé" ou devenait totalement anesthésiée.
Les possédés selon le Dr Paul de Bé présentent des anesthésies telles qu'on peut les piquer sans qu'ils souffrent ni même saignent ! Tout individu soupçonné de sorcellerie ou de possession était mis à nu, rasé et "sondé" (piqûres d'aiguille) par des "experts", tel Pierre de Lancre, qui à lui seul alluma plus de cinq cents bûchers.
Cet acharnement à détruire le mal détecté à quelque signe physique (sans parler des sorcières scoliotiques, des extra-terrestres au petit doigt raide, des sexes circoncis, des peaux bronzées, etc...) ne nous a pas quittés et pour cause ! ". Par toutes les fenêtres ouvertes sur la fournaise, je voyais la cuve de feu, et je pensais qu'il était là, dans ce four, mort... (...) Non ... sans aucun doute... il n'est pas mort... Alors... alors... il va DONC falloir que je me tue, moi !" (Maupassant, 1887).
L'école de Charcot reprit à son compte ces marques pour en faire le signe permanent de l'hystérie (Favrot, 1844). Ce type de symptôme est donc tombé de la mystique dans la psychiatrie et, l'évolution scientifique aidant, l'Eglise s'est montrée de plus en plus restrictive sur les phénomènes de possession, les actions d'exorcisme et la référence au diable.
Pierre Janet (1930) marque très fortement ce tournant de son empreinte lorsqu'il établit un parallèle entre cet "esprit, Belzébuth qui la voulait brûler" (il s'agit de la supérieure des religieuses de Loudun) et la double personnalité : "un fait ANALOGUE s'est passé presque sous nos yeux : une personne, mécontente de l'écriture automatique que sa main voulait faire, prenait les papiers écrits de la sorte et les jetait au feu; la seconde personnalité fut furieuse et, par une convulsion, mit la main du sujet dans le feu, la brûla sérieusement, puis s'en vanta ensuite dans toutes ses communications automatiques." La Nouvelle Histoire de l'Eglise de Tüchle (1968) néglige de faire la moindre allusion à la possession, aux exorcismes et à la sorcellerie dans ses deux premiers tomes et n'y vient, petitement, que dans le troisième volume consacré à la Réforme et à la Contre-Réforme (à propos du Traité des Energumènes de Bérulle et de l'affaire de Loudun).
Le cas de Mme Piper étudié par W. James, Hodgson, Myers et d'autres montre des "troubles respiratoires et des contractions musculaires prononcées" Il conviendrait aussi de s'attarder sur les expériences d'états de la personnalité qui se donnent comme envahissement d'un être spirituel qui ne serait pas démoniaque ou neutre mais d'origine spirituelle positive : notamment les extases religieuses et les phénomènes psycho-physiologiques (Joyeux, 1985) ou parapsychologiques qui les accompagnent.
Ce ne sont pas des constructions hasardeuses qui nous convient à de tels rapprochements; le curé d'Eishhoffen lui-même, malgré la dichotomie rigoureuse que sa foi met entre faits célestes et infernaux, déclare "lorsque le diable parle par la bouche de l'enfant, c'est comme si le possédé était en extase; il est couché comme un cadavre" (Sutter, 1921). Il met sans le vouloir, le doigt sur la connexion intime qui lie les phénomènes du mysticisme, la transe, la possession et la jouissance.
A Loudun autrefois, à Madagascar plus près de nous (Oesterreich, 1927) et en tous temps ou lieux, le possédé, comme le bailleur ou le quaker, est père de multitude. Un en donne cent. Un film comme l'exorciste a eu sa responsabilité dans quelques cas de possession chez nos contemporains...
On a voulu attribuer ce fait à l'extrême suggestibilité du possédé : c'est prendre l'effet pour la cause. Cette suggestibilité augmentée surgit chez celui ou celle qui est déjà possédé. Il me parait plus raisonnable d'admettre qu'il s'agit d'un phénomène collectif, comparable à la cristallisation, tout comme bien d'autres phénomènes de masse (Auriol, 1990).
C'est ce qui se produisit et se maintint en Grèce quand la plurielle Pythie rendait ses oracles. On s'est étonné qu'on ait toujours trouvé, dans la région de Delphes et en nombre, des femmes capables d'un tel "souffle d'enthousiasme" qu'elles devinssent télépathes, clairvoyantes, prophétesses...
L'époque, quelle qu'elle soit, étant mûre pour les manifestations mystiques voit se lever, parcequ'elle les suscite en raison de sa structure même, toutes sortes de manifestations spirituelles : la sibylle vaticine à Cumes, les saints italiens font des miracles, les tables tournent chez sa Gracieuse Majesté, les démons de Palaja ensorcellent...
On définit le trouble "personnalité multiple" par la co-existence, chez un même individu de deux ou plusieurs états de personnalités distincts qu'ils aient une mémoire propre, des modalités comportementales spécifiques et leurs propres styles de relation sociale ou qu'ils partagent une partie de ces différents items.
Ecoutons le Père Surin dans sa déposition : "Je ne saurais vous expliquer ce qui se passe en moi pendant ce temps et comment cet esprit s'unit avec le mien sans lui ôter la connaissance ni la liberté, en faisant néanmoins comme un autre moi-même et comme si j'avais deux âmes dont l'une est dépossédée de son corps et de l'usage de ses organes et se tient à quatre en voyant faire celle qui s'y est introduite. Les deux esprits se combattent dans un même 22 champ qui est le corps, et l'âme est comme partagée; selon une partie de soi, elle est le sujet des impressions diaboliques, et, selon l'autre, des mouvements qui lui sont propres et que Dieu lui donne" Ce type de trouble commence à s'installer dès l'enfance mais n'est, le plus souvent, remarqué par les cliniciens que beaucoup plus tard; il s'agit presque toujours de filles (60 à 90 %).
Chez l'adulte, il peut exister jusqu'à "cent personnalités ou états de personnalité" distincts (légion ?). Le passage d'une personnalité à une autre est généralement brusque (quelques minutes). La transition est sous la dépendance du contexte relationnel. Les transitions "peuvent survenir également lorsqu'il y a conflit entre les différentes personnalités ou LORSQUE CES DERNIERES ONT MIS AU POINT UN PLAN COMMUN". Ces transitions peuvent aussi être suggérées (notamment sous hypnose).
Les personnalités peuvent être diamétralement opposées dans leurs caractéristiques et différer même quant aux tests psychologiques ET PHYSIOLOGIQUES: elles peuvent nécessiter par exemple des verres correcteurs différents, répondre de manière différente au même traitement et avoir des QI différents.
Habituellement, les différentes personnalités ont LEUR PROPRE NOM; les prénoms ont souvent un sens symbolique ou sont remplacés par un qualificatif "le protecteur" ou un rôle "l'empereur".
On décrit l'existence de complications éventuelles, telles que suicide, auto-mutilation, agression, viol, toxicomanie, etc...
Dans la quasi-totalité des cas étudiés, on relève l'existence d'un abus sexuel ou d'une autre forme de traumatisme émotionnel sévère dans l'enfance.
L'idée de possession, énoncée par la personne malade ou/et son entourage, dépend beaucoup du contexte culturel qui y donne prise ou non.
Il s'agissait de possession diabolique dans la France du Roi Soleil mais aujourd'hui ce n'est plus forcément le cas, même en Inde (Adityanjee, 1989)...
La Schizophrénie peut aboutir elle aussi au sentiment d'être possédé. Dans ce cas l'entourage discerne plus facilement qu'il s'agit d'un trouble de la personnalité et non d'un phénomène mystique. Le DSM-III-R précise "il peut être difficile de différencier les CROYANCES OU EXPERIENCES DE MEMBRES DE GROUPES RELIGIEUX ou d'autres sous-groupes culturels des idées délirantes ou des hallucinations. Quand ces expériences sont partagées et acceptées par le groupe sub-culturel, on ne doit pas les considérer comme des manifestations de psychose." * * * La manifestation de personnalités multiples en général, de la possession diabolique en particulier, impliquent quelques questions.
La nature métaphysique de chacune de ces personnalités : traditionnellement, chacune, y compris le moi "normal", est une entité individuelle, une substance spirituelle. Elles n'ont alors en commun que le corps envisagé comme un instrument, un domaine, un royaume dont elles peuvent tour à tour se rendre maître ou dont elles peuvent se disputer la souveraineté. Cette optique est proche de celle de Descartes qui invente le truchement des esprits animaux pour mettre en relation l'âme et le corps. Ces esprits animaux devenant ici des outils qu'on se dispute. La question se complique du fait que, dans la théologie occidentale, la tentation n'est pas une simple occasion externe qui ferait trébucher - ou tenterait de le faire - l'âme pure. La tentation est à l'oeuvre dans l'âme elle même du fait de la première chute en l'éden qui par une solidarité spirituelle assez peu explicable (péché originel) imprègne tout humain de la concupiscence. Plus : cette tentation se redouble des assauts de Satan au plus intime de l'âme. Qu'on peut vendre au diable ! ... Le pécheur invétéré, qui adhère ainsi aux forces du mal est-il moins possédé que le Père Surin rendant grâce à Dieu de ce que l'emprise satanique dont il était victime soit à sa plus grande gloire !? D'un point de vue phénoménal, si on accepte l'idée que les personnalités multiples le sont d'un seul sujet et nous livrent de son être une apparence kaléidoscopique, se pose la question du mécanisme de cette division.
Les topiques freudiennes nous ont proposé un premier clivage opposant le conscient et l'inconscient. On pourrait pencher à dire que le premier étant le fait d'une présence diurne conviviale, le second ayant à se contenter de tous les rogatons finirait parfois par dresser le drapeau rouge et noir et, mettant à bas ce qui était en haut, tiendrait pour quelques temps et jusqu'à plus ample exorcisme, le haut du pavé...
Il y a là sans doute quelque élément de vérité : le démon dit et fait tout ce que la bienséance réprouve; il transgresse nombre d'interdits, y compris les plus infantiles : tirer la langue, dire des gros mots, insulter la religion et la morale, etc...
Reste le problème du fait que le diable s'interdit lui-même certaines choses, s'exprime d'une manière tout à fait semblable à ce que pourrait faire le conscient d'un être plus impertinent que l'éducation donnée ne l'aurait promis. L'oubli qui succède à la crise ne retire pas la mémoire et les facultés qui se manifestent en elle. Le démon se présente réellement comme un autre moi.
Freud a proposé d'opposer au "moi" le "ça" et le "surmoi". Nous nous trouvons ici en présence de plusieurs "moi" se référant chacun à différentes parties du "ça" et à différentes parties du "surmoi".
Le moi se construit selon Freud (1887-1902) par une série d'"identifications" successives dont le fait "autorise peut-être un emploi LITTERAL de l'expression : pluralité des personnes psychiques"...
Ceci nous conduit à souligner le caractère imaginaire du "moi" construit à partir du reflet dans le miroir de verre ou les mirettes de la mère (et de ses substituts) (Lacan, 1949). Rôle unifiant de l'image qui permet au sujet de synthétiser l'ensemble des perceptions qu'il a de soi, rôle discriminant qu'elle joue pour lui permettre de se distinguer du reste de l'environnement et bien souvent des images de signification contradictoire (je suis ce ci et pas l'inverse : une petite fille modèle ou sophie, mais pas les deux).
Mais, justement, les regards que notre environnement nous porte sont variés, bien souvent contradictoires ou orthogonaux. Le plus économique est sans doute d'introjecter les meilleurs aspects et de récuser ceux qui nous sont défavorables. Ainsi se constitue quelque(s) "moi(s)" sombre(s) dont on peut rapprocher "l'ombre" de Jung. Cependant la possession (de Socrate aux médiums) peut être d'un bon esprit, angélique... Avatars de l'idéal du moi dans ses diverses facettes.
Ceci suggère que le clivage multiple du moi soit accessible à tout un chacun pourvu que les convictions régnantes, les circonstances sociales et les conditions physiologiques jouent en sa faveur.
Certaines structures (névrotiques ou psychotiques) peuvent inciter certains sujets plus que d'autres à se lancer dans cette aventure.
Le rapide coup d'oeil que nous venons de jeter sur ces phénomènes nous permet de proposer les hypothèses suivantes : Mis à part les considérations d'ordre dogmatique et le contexte éthique, on peut rapprocher la possession de l'extase et de la transe en général.
les phénomènes de possession concernent plus facilement des sujets à forte capacité de dissociation (par exemple de nature hystérique ou parfois psychotique) quoiqu'on ne puisse identifier "état de transe" et pathologie.
les crises de possession sont physiologiquement favorisés par l'alcalinité du sang et l'hyperpnée qui la produit, par l'hypocalcémie, l'hypomagnésémie, l'hypoglycémie, certaines drogues "dysleptiques" et d'autres facteurs biochimiques à préciser.
Le contexte groupal semble essentiel, non seulement en raison du support théologique qu'il fournit, mais comme structure nécessitant pour s'équilibrer la production, en l'un au moins de ses membres, de phénomènes exprimant publiquement l'envers des excès dont elle est porteuse.
les phénomènes d'ordre psycho-kinétiques et para-cognitifs semblent fortement majorés, justement, par ces phénomènes de groupe. Cette majoration survient selon deux axes : au niveau de la production de tels phénomènes et au niveau de leur amplification par le biais de la légende.
A titre de perspective : les conclusions précédentes suggèrent d'utiliser au niveau du laboratoire, chez des volontaires sains, les déclencheurs physiologiques précités pour favoriser l'apparition des phénomènes à étudier...
Cf la très belle étude de Mireille Aïn :
28 Mars 2009
[1] Outre Dr Bernard Auriol, les interventions furent celles de Habib Samrakandi, Yamina Guellouet et le Groupe basque de Txalaparta de Bilbo.
[2] Les adeptes du Temple Solaire ont repris cette acception en parlant de « transit » pour désigner leurs suicides collectifs
[3] - l'interprétation des songes,
- Ourim/Tumim (tirage au sort de type pile ou face),
- et le recours aux prophètes
I Samuel 14, 41 et 286
[4] Le statut mental des somnambules reste aujourd'hui très discuté. Une équipe de psychiatres britanniques a étudié des patients présentant cette affection et les a comparés à des sujets ayant des accès de panique nocturne avec amnésie post critique. Les questionnaires employés ont montré que les somnambules avaient une personnalité hystérique très développée avec une tendance à l'hostilité envers autrui, alors que l'autre groupe montrait des signes évidents d'anxiété. Le somnambulisme pourrait être un aspect particulier de 'dissociation' mentale hystérique. (Crisp, 1990).
[5] la presse nous a fait connaitre comment plusieurs sorciers avaient obtenu de leur client une forte somme d'argent, mise "sous scellé" afin qu'elle soit multiplié par 2, 5 ou 10 au bout de quelques semaines... Le délai passé, le client, ouvrant le paquet y trouvait de grosses coupures ... de presse. Le diable avait pris l'argent et enlevé le sorcier sur quelque tapis volant !